Yolandi Visser : Une icône pop d’aujourd’hui inconnue du grand public

Si l’on met de côté les artistes emblématiques que la moitié de terre aimerait rencontrer, Yolandi Visser du groupe Die Antwoord figure en bonne place sur ma liste des icônes pop actuelles avec lesquelles je souhaiterais discuter sur une terrasse en buvant un verre de rosé. Ne me parlez pas de Lady Gaga, de la très branchée Zoë Kravitz ou de la faussement déjantée Miley Cyrus, Yolandi, Anri Du Toit de son vrai nom est la définition même de l’authentique icône pop/punk. Cela vous choque peut-être mais Oui, Yo-Landi Visser est une icône pop. Die Antwoord n’a pas vendu des millions d’albums, ils ne remplissent et ne rempliront jamais de stade, ils ne sont pas harcelés par les fans à chaque fois qu’ils sortent acheter le leur pain mais à l’image d’une artiste comme Peaches qui est inconnue du grand public mais qui a inspiré des artistes tels que Björk ou FKA Twigs, Yo-Landi et Ninja ont su briser tous les codes de l’industrie musicale.

Avec sa voix aiguë de Lolita et son rap thug délivré dans un anglais brute mélangé à de l’Afrikaans, la chanteuse est un véritable ovni dont le style a été souvent copié. On se souvient de l’épisode Lady Gaga qui a été à maintes reprises  la risée du groupe parce qu’elle s’était permis de « plagier »  le style vestimentaire et la coiffure de la chanteuse sud-africaine. Pour garder cette authenticité qui plait tant, Yolandi dit lutter tous les jours car elle souhaite garder son identité « Africaine, punk et psycho ».

Yo Landi et Gaga haicut

Issue du mouvement ZEF dont elle revendique l’appartenance à longueur de chanson, l’artiste rap-rave sud-africain promeut des valeurs dans lesquelles se retrouvent une bonne partie de la jeunesse mondiale. Il suffit d’assister aux concerts du groupe pour sentir le vent de liberté et d’acceptation des différences que mettent en avant Yo-Landi, Ninja et Dj Hi-Tek (l’homme invisible). Il faut dire qu’on pourrait tous se reconnaître dans ce mouvement et cette expression plus particulièrement qui est entrée dans le langage courant dans son pays. Le mouvement ZEF décrit désormais une façon détournée de sublimer un style de vie et des codes vestimentaires que la majorité des gens trouveraient ringards.  Cette expression fait référence à la Ford Zephyr, une voiture qui a été très populaire entre les années 1950 et 1970 à Johannesburg. C’était pour les classes supérieures une façon très péjorative de nommer les propriétaires de cette voiture plébiscitée par la classe populaire. Revendiquée aujourd’hui par la population jeune et urbaine des grandes villes sud-africaines, l’appartenance à ce mouvement et sa signification a été magnifiée par de nombreux groupes locaux dont Die Antwoord.

L’histoire de Yolandi Visseur commence en Afrique du sud, son pays d’origine. Née le 3 Mars 1984 à Port Alfred, elle est adoptée par un prêtre et sa femme. Par pudeur, la chanteuse n’a jamais voulu s’exprimer sur cet épisode de sa vie et on la comprend. Elle raconte tout de même qu’elle s’est toujours battue pour se sentir chez elle quel que soit l’endroit où elle se trouvait. Elle passe une enfance heureuse mais les années qui suivront seront plus mouvementées car elle va régulièrement se retrouver dans des bastons entre quartier, se créant des ennuis plus ou moins graves. Sur cette période elle déclare : « C’était une époque bizarre parce que dans la vie j’étais et je suis toujours quelqu’un de très douce et de très attentionnée. Les gens et moi-même en premier ne savions pas comment je faisais pour me retrouver dans des embrouilles pareilles ». Adepte de la bonne castagne, rebelle, son adolescence est pour elle l’époque durant laquelle elle a développé son côté Goth. Elle raconte que c’est à ce moment de sa vie qu’elle a découvert des groupes comme Nirvana, PJ Harvey, Nine Inch Nails, Cypress Hill, Eminem, Marilyn Manson et Aphex twin. Pour la petite anecdote, elle va décider avec sa meilleure amie de teindre tous leurs sous-vêtements en noire pour coller à l’esprit Goth comme elles l’imaginaient. « J’aimes les trucs sombres » – raconte-t-elle.

Inquiets de voir leur fille de 16 ans se retrouver dans des histoires qui pourraient tourner mal, les parents de Yolandi décident de l’envoyer dans un internat artistique à neuf heures de route de la maison familiale. Elle se retrouve entourée d’enfants très créatifs, ce qui va révéler en elle la passion de la musique, de l’image et de l’Art de façon plus générale. Elle explique : «  L’école était très ouverte et en avance sur son temps notamment sur la société sud-africaine. J’étais heureuse pour la première fois de ma vie, j’étais finalement avec des gens qui me comprenaient et qui me ressemblaient ». La chanteuse n’a jamais rencontré ses parents biologiques et n’a jamais cherché à le faire, heureuse de son enfance et par « respect »  pour sa famille adoptive qui a toujours été là pour elle. Mais, lorsqu’elle a dû s’exprimer sur le sujet, Yolandi a toujours expliqué que la seule chose qu’elle savait de ses parents d’origine est que sa mère était blanche…Dernièrement, un spécialiste de l’identification historique et génétique sud-africain expliquait que la structure de son visage était plutôt celle d’une métisse. Elle raconte : «  quand j’ai entendu ça, j’ai voulu rencontrer le mec. Je lui ai dit qu’il se trompait que j’étais blanche. Il m’a finalement mis le doute en m’expliquant par A + B que j’étais métisse. J’ai commencé à le croire, je pense qu’il a raison ». Yolandi pense désormais que son père était noir. Née pendant l’apartheid, elle pense que sa mère a dû être forcée par ses parents de se débarrasser d’elle à une époque où les couples mixtes étaient interdits.

Dans le succès et la notoriété que connaît la chanteuse, il ne faut pas oublier un facteur important : Ninja. L’autre moitié de Die Antwoord est également le père de sa fille.  Sur lui, la chanteuse raconte : « Nous sommes liés par la vie et par la musique. Je ne fais rien sans lui, on ne travaille jamais l’un sans l’autre ».

Watkin Tudor de son vrai nom, Ninja est âgé  de 41 ans. Il a grandi à Johannesburg et s’est lancé dans Hip-hop il y’a 15 ans maintenant dans les boites de nuit  fréquentées par la scène locale noire. C’est à cette époque qu’il s’est coupé les dents pour trouver « son style ». « Quand tu étais blanc, il fallait être bon pour être accepté dans le milieu hip-hop noire, ce n’était pas gagné pour lui au début mais il a su convaincre par son talent » – dit-elle.

Yolandi Visser et Ninja se sont rencontrés en 2003 à la sortie d’une boite de nuit de Cape Town. Elle raconte qu’il était habillé dans un costume à l’image des mecs de Handsome Boy Modeling School qui était un projet collaboratif entre Dan Nakamura (Gorilaz, Dr Octagon…) et le célèbre dj et producteur Prince Paul. Ninja explique que Yolandi ressemblait à une jeune Goth de 13 ans et qu’elle lui faisait peur.

Après s’être revus lors d’un des concerts de Ninja, le rappeur demande à Yolandi de passer faire quelques voix sur une de ses chansons. Il voulait qu’elle apporte son côté sombre, horrorcore et son authenticité. Il explique : « Une fois qu’elle a commencé à chanter, je me suis dit que c’est exactement le son que je voulais. J’avais envie de recommencer notre collaboration parce que j’avais finalement trouvé ce que j’avais cherché pendant toutes ces années ». Excité par l’idée d’avoir trouvé « LE SON », Ninja va demander à Yo-Landi de former un duo. Elle lui explique dans un premier temps qu’elle ne sait pas rapper et va décliner l’offre avant d’être convaincu par le rappeur et producteur qui va lui promettre de lui apprendre. Quelques temps plus tard, les deux artistes vont tomber amoureux et vont avoir une fille en 2006.

Au sujet de cette épisode très importante de sa vie Yolandi raconte : « J’étais jeune et je me disais putain ma vie est finie parce que toutes mes amies sortaient, fumaient de la beuh, buvaient de l’alcool, elles s’amusaient alors que moi j’étais à la maison bloquée avec mon bébé. J’étais très troublée à cette époque, je voulais être une maman cool sortir avec les autres mais ce n’était pas le cas. Je me suis sentie très isolée mais ça nous a permis ninja et moi de nous souder. Grâce à ça, on s’est concentré sur l’essentiel et on n’a pas dérivé de notre objectif. Ça nous a sûrement permis d’en être là aujourd’hui ». Même s’ils ne sont plus ensemble (Ninja est désormais marié), les fans continuent à les voir comme un couple : « Beaucoup de gens croient qu’on est encore ensemble et je les comprends. C’est bizarre d’ailleurs qu’on ne le soit plus. On a une relation tellement unique que ça peut bouleverser certains. En plus ce n’est pas facile d’être un duo comme on l’est et d’avoir un enfant ensemble alors qu’on n’est plus un couple » – raconte-t-elle.

Après plusieurs projets à succès, des connexions avec les plus grands artistes comme Jack Black, Marylin Manson, une participation dans le film de science-fiction hollywoodien intitulé Chippie, Yo-Landi continue à impressionner par sa créativité et son charisme. Selon Neil BloomKamp, réalisateur du film : « il y’a quelque chose d’intriguant et de remarquable chez Yo-Landi et Ninja, ils ont un magnétisme qui est inexplicable. On a envie de les connaître qu’on les aime ou pas. Yo-Landi a quelque chose qui est difficile à qualifier avec des mots. Il y’a un facteur ou un truc inconnu qui fait que tu t’intéresses à elle, un genre de double personnalité qu’on peut parfois discerner dans ses paroles ou ses clips vidéos, c’est fascinant. Ceci couplé au fait qu’elle soit une fille très intelligente fait que les gens n’ont pas de mal à s’identifier à elle ».

   

Le groupe vient de sortir un nouvel EP intitulé Suck On This que vous pouvez écouter ci-dessous. Pendant ce temps,  Yo-Landi s’affirme de plus en plus comme une icône pop inconnue du grand public pour l’instant mais qui fascine ceux qui s’intéressent de peu ou de loin à elle. Celle qui déteste donner des interviews ne recherche pas une grande notoriété et préfère s’éloigner des médias de masse. Elle explique souvent que les médias cherchent à tout prix la petite phrase pour faire les gros titres, elle préfère donc s’en méfier. « De toute façon avec Facebook et Instagram, on communique directement avec les fans. Quand on a envie ou besoin de dire quelque chose on le fait, on a besoin de personne ». A une époque où les icônes pop sont des fils de, des artistes faux et fabriqués, Yo-Landi incarne une sensibilité dans laquelle se reconnait beaucoup de gens dont NOUS !

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