ibeyi – Si l’album ne marche pas, ce sera de notre faute (interview)

Entre plusieurs concerts un peu partout dans le monde puisque les filles ont entamé une tournée qui passe entre autres par New-York, Los Angeles, Tokyo et Paris, Ibeyi nous a accordé une  interview dans laquelle elles nous racontent leur parcours et nous présentent leur premier album éponyme. Dans une ambiance cool et détendue les jumelles qui commencent à être rodée à l’exercice nous ont d’abord donné la signification de leur nom de groupe, « Ibeyi veut dire jumelles en yoruba ».  Le yoruba est une ethnie et une langue originaire d’Afrique de l’ouest (Nigéria, Bénin, Ghana…).Ce qui se dégagent du duo, une spontanéité et un amour profond de la musique qu’elles tiennent de leur père, le célèbre percussionniste cubain Anga Diaz membre du mythique groupe cubain Buena Vista Social Club.  Dans ce premier opus très bien produit, Ibeyi a abordé des thèmes qui lui tiennent à cœur comme la perte d’êtres chers dont elles ont notamment été victime avec le décès de leur père et de leur sœur. Elles nous parlent également de l’influence yoruba dans leur musique.

 

ibeyi album mama says

 

IGGY Magazine : Comment peut-on définir la musique d’Ibeyi?

Lisa-Kaindé : A vrai dire, on n’arrive pas à la définir. Ce qu’on peut dire c’est qu’elle s’inspire de tout ce qu’on est et de tout ce qu’on écoute depuis qu’on est petite, c’est-à-dire la musique yoruba, la soul, les sons down tempo, le hip-hop, l’électro… On dit souvent qu’on n’a pas envie de choisir parce qu’on fait une musique qui nous ressemble, ce n’est pas réfléchi, ça vient comme ça et ça a toujours été comme ça.

 

IGGY Magazine : Comment est né Ibeyi ?

Lisa-Kaindé : On a constitué notre duo très tard, il n’existe que depuis deux ou trois ans. Je me suis lancé en solo, Naomi est arrivée après.

C’est d’abord grâce à Raul Paz (chanteur cubain) que je me suis lancé sérieusement dans la musique. En fait maman est très amie avec lui, ils ont même travaillé ensemble. Donc un jour nous sommes allées dans une fête hors de Paris dans laquelle il y’avait beaucoup d’amis de la communauté cubaine dont Raul Paz qu’on connaissait déjà ma sœur et moi. Comme tout le monde jouait et chantait une chanson pour se marrer, je me suis mise au piano pour faire un morceau qui a apparemment plu à Raul Paz puis qu’il est venu me voir à la fin et m’a dit qu’il allait très prochainement jouer sur la scène du Bataclan et qu’il voudrait que je joue un morceau. Je me souviens que je suis allée voir ma mère pour le lui dire. Elle m’a répondu très lucide : « Oui c’est super mais tu sais des fois, les artistes disent des choses les oublient, ne t’enflamme pas. Si tu le fais c’est génial, sinon ce sera pour une autre fois… ». Quelques temps après il m’a appelé pour me dire qu’il n’avait pas oublié et qu’il fallait que je me prépare parce que j’allais vraiment participer à son concert. Il m’a fait un beau cadeau puisque je suis montée sur la scène du Bataclan au milieu du concert là où la tension est au max et le son est en total up tempo, il m’a fait venir en disant de supers belles choses sur mon papa qui m’ont touchées d’ailleurs. Cette fois-là,  je suis montée sur scène juste pour moi, pour le délire de jouer à la chanteuse puisqu’à cette époque j’avais surtout le désir de devenir professeur de musique. L’envie d’être une artiste est arrivée très tard, elle est survenue quand je me suis retrouvée au studio pour enregistrer  notre EP. C’est là d’ailleurs que Naomi est arrivée.

Naomi : Exactement ! C’est après ce concert de Lisa avec Raul Paz que les choses ont commencé à devenir sérieuses,  ils commençaient à parler de sortir un EP etc…J’ai dit à Lisa « tu ne vas pas faire ça sans moi ! ». Elle m’a dit « Sûrement pas ! », dès lors on a formé le duo et on a choisi le nom du groupe. Dans Ibeyi je joue aux percussions et je fais les backs vocaux. Quant à Lisa, elle chante et joue du piano.

 

 

 

IGGY Magazine : Vous êtes le premier groupe français à signer chez XL Recordings. Vous travaillez avec Richard Russell. Qu’est-ce que ça fait ?

Lisa Kaindé : C’est géniale de signer chez XL. Ils ont non seulement de grands noms dans leur catalogue, mais ils savent surtout travailler avec les jeunes artistes, ils aiment vraiment la musique. Ce n’est pas juste « combien d’albums tu vendras et je te signe si je pense que tu peux en vendre 25 milliard » ou « est-ce que tu rentreras ou pas en radio ». Quand ils signent un artiste c’est surtout parce qu’ils aiment la musique, rien à avoir avec le business. La première fois que j’ai parlé avec quelqu’un de XL, ils m’ont demandé ce que je voulais savoir, je leur ai dit : « Ce que je voudrais c’est juste travailler avec des gens, qu’on prenne un peu en compte ce qu’on a à dire ou du moins qu’on en discute » parce que nous les artistes c’est vrai qu’on n’a pas tout le temps raison mais on doit toujours discuter. Personne ne peut prendre de décision à notre place parce qu’au final, c’est toujours sur nous que ça va retomber. On a donc tout décidé. Donc si l’album ne marche pas, ce sera de notre faute.

Naomi : On ne voulait pas faire un truc qu’on n’aime pas. En plus la musique est un métier très dur parfois,  il faut faire un truc qu’on a envie de défendre. Si on n’est pas à 100% amoureux de ce qu’on fait, ce n’est même pas la peine.

 

IGGY Magazine : Comment Richard Russell vous a-t-il connu ?

Lisa-Kaindé : Quelqu’un lui a envoyé une vidéo de nous en live dans laquelle on chantait « Mama Says ». Il a aimé et il a demandé  qu’on passe le voir et un mois plus tard on signant avec lui. Ça s’est fait très vite, on a tout de suite enchaîné sur l’album.

 

ibeyi

 

IGGY Magazine : Vous semblez très différentes l’une de l’autre dans la vie. Comment ça se manifeste dans vos goûts musicaux et dans votre album ?

Naomi : C’est vrai, on est très différente. Lisa est très introvertie et plus réfléchie moi je suis plutôt extravertie et un peu plus sensible.

Lisa-Kaindé : Par contre sur scène c’est le contraire. Je me laisse aller plus facilement. Je m’y sens bien, je danse, je me déplace, je fais parfois le show…parfois (rire).  C’est vrai qu’être jumelles et très différentes nous a servi et ça nous sert encore aujourd’hui musicalement. Par exemple on n’écoute pas les mêmes musiques même si on aime beaucoup ce qu’écoute l’autre, ça nous permet d’élargir notre culture musicale. J’écoute plutôt du Nina Simone, de la musique jazz soul alors que Naomi est très hip-hop, Trap etc… Pour répondre à ta question la confrontation et le mélange des genres en tout cas a fait notre album.

 

IGGY Magazine : La culture Africaine notamment les chants yorubas sont très présents dans votre album et votre musique plus généralement. Quel rapport avez-vous avec l’Afrique ?

Lisa-Kaindé : On a un rapport très particulier avec l’Afrique. Quand on est retourné au Benin par exemple, on était très touché on a beaucoup pleuré. Ça nous a donné envie de creuser et d’en savoir encore plus sur notre histoire. Ça nous a permis de voir là où tout a commencé. En fait on connaît la culture Yoruba mais on ne la vie pas vraiment au quotidien. D’être là-bas en Afrique, ça nous a reconnecté avec nous-même. On s’est senti vraiment à la maison. D’ailleurs tout le monde se sent chez lui en Afrique, je ne sais pas pourquoi, même des gens qui n’ont rien à avoir avec ce continent. J’ai une amie suédoise par exemple qui est partie en Afrique, elle m’a dit que comme nous elle était très émue, qu’elle pleurait tout le temps et elle s’est aussi sentie chez elle, c’est bizarre.

 

 

 

IGGY Magazine : Votre mère est présente notamment dans le clip « Mama Says », elle vous suit dans vos déplacements…quelle place occupe-t-elle dans votre parcours artistique ?

Naomi : Elle a toujours été là dès le début de notre duo même avant. Aujourd’hui c’est notre manager.

Lisa-Kaindé : C’est vrai qu’elle est là dès le départ, je dirais même que c’est grâce à elle qu’on en est là. Je me souviens que quand on était plus jeune, je m’ennuyais seule parce que je n’étais pas collée à ma sœur qui faisait sa vie. J’avais demandé à ma mère de me trouver une activité, elle m’avait dit que si je m’ennuyais, qu’il fallait que je compose pour faire passer le temps comme je savais jouer du piano et c’est ce que j’ai fait.

Notre mère connait bien le monde de la musique. Elle nous permet de mettre le pied au bon endroit mais surtout elle nous rassure. Le monde de la musique est un milieu assez crevant et  hostile, d’avoir notre maman ça aide, on est en train de le constater.

Naomi : Avec notre tournée on passe beaucoup de temps à voyager mais ce n’est pas comme beaucoup l’imagine. Quand vous allez dans une ville, vous n’y allez pas pour visiter et vous balader, vous restez juste le temps du concert et vous partez. On a demandé à notre mère de devenir notre manager parce que quand t’es loin de chez toi, tu as besoin d’avoir quelqu’un qui te connaisse vraiment pour te soutenir quand t’as de petits moments de moins bien. On est donc contente que notre mère nous accompagne dans cette belle aventure, on est heureuse de partager tout cela en famille.

Interview réalisée par Patrick Kaya & Sharon Zannou

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