Plongez dans l’univers de John Arter, un artiste dont l’œuvre explore la tension délicate entre la soif d’évasion et le besoin profond d’appartenance. À travers cet entretien exclusif, il se confie sur ses influences musicales, son processus créatif avec les Eastern Kings et la genèse de son album Small Wonder. Une discussion sincère qui nous invite à redéfinir le sens du foyer à travers le prisme du voyage et de l’imaginaire.
1.« Home, Girl» évoque un voyage à la fois réel et imaginaire. Comment l’idée d’une « soif de voyage vécue sur le papier » a-t-elle pris vie dans votre écriture ?
J’aimais l’idée que notre premier passeport soit souvent un livre. Bien avant de voir grand-chose du monde, nous nous y sommes déjà évadés à travers des histoires, des cartes, des mythes et les versions de nous-mêmes que nous construisons dans notre esprit. « Home, Girl » est née de ce sentiment : une sorte de soif d’évasion qui prend racine dans l’imagination, mais se heurte sans cesse à cette vérité plus profonde : aussi loin que puisse aller l’esprit, quelque chose en nous mesure toujours la distance qui nous sépare de chez nous.
2. La chanson révèle une tension subtile entre le désir d’explorer et l’attrait du foyer. Est-ce quelque chose qui vous parle personnellement ?
Absolument. Je crois que beaucoup de mes écrits se situent dans cet entre-deux, entre mouvement et appartenance, car je suis attirée par le romantisme de l’ailleurs, mais tout autant par ce qui nous ramène sans cesse au même endroit. Je ne perçois pas vraiment ces aspirations comme opposées ; parfois, on ne comprend vraiment ce qu’est le foyer qu’après avoir tenté de le fuir.
3. Le morceau dégage une atmosphère féerique, avec des guitares chaleureuses et un xylophone enjoué. Comment avez-vous créé cette palette sonore ?
Je voulais que ça donne l’impression de tourner des pages au soleil – c’est pour moi la première chanson du printemps. La guitare acoustique devait avoir un son chaleureux et authentique, très naturel et sans artifice, comme un objet familier contre lequel on pourrait s’appuyer. Le xylophone, lui, apportait cette petite étincelle de magie et de mouvement sans l’alourdir. Je suis toujours plus heureuse quand l’arrangement exprime les émotions en douceur, plutôt que de les imposer par-dessus la chanson.
4. Vos influences vont de Zac Brown Band à Ray La Montagne, en passant par Frank Turner et Foy Vance. Comment ces artistes façonnent-ils votre approche de la narration musicale ?
Ils m’ont tous montré différentes manières d’exprimer la vérité dans une chanson. Zac Brown possède cette générosité et cette légèreté, Ray cette retenue empreinte de mélancolie où rien n’est superflu, Frank Turner y apporte urgence et franchise, et Foy Vance cette chaleur et cette profondeur dans le phrasé que j’affectionne particulièrement. Mon but n’est évidemment jamais de leur ressembler, mais d’apprendre de la sincérité avec laquelle ils habitent une chanson.
5. SMALL WONDER L’album sera publié titre par titre tout au long de l’année 2026. Comment ce format épisodique modifie-t-il votre relation avec votre public ?
J’apprécie qu’il invite à une écoute plus posée. Au lieu de sortir un album entier en espérant que chacun puisse se l’approprier, chaque morceau a l’occasion de briller un moment et d’entamer un dialogue avec l’auditeur. Cela donne à l’ensemble l’impression d’être moins un déballage de morceaux qu’une véritable correspondance.
6. Vous avez débuté en solo avant de former John Arter & the Eastern Kings. Comment cette évolution a-t-elle transformé votre processus créatif ?
Mes débuts en solo m’ont appris l’économie : si une chanson ne tient pas la route avec juste une voix, des paroles et une guitare, c’est qu’elle n’est probablement pas terminée. Le groupe a changé la donne. Je pars toujours de l’histoire et j’arrive généralement avec une idée assez précise de ce que j’entends, mais maintenant, les chansons sont enrichies, approfondies et parfois même améliorées par des musiciens qui apportent des nuances que je n’aurais jamais trouvées seul. C’est passionnant de travailler avec de vrais musiciens sur mes chansons et de découvrir toutes ces textures différentes. Le projet Eastern Kings est en pause pour un petit moment. Petit miracle. C’est terminé, mais j’ai hâte de m’y remettre.
7. Votre approche « live-forward » — tester vos chansons sur scène avant de les enregistrer — semble essentielle à votre travail. Qu’apporte le fait de jouer en direct à votre écriture ?
Elle apporte surtout de l’authenticité. Une salle vous indique très vite quelle phrase résonne, quelle partie prend vie, où l’attention se porte et où vous avez laissé libre cours à votre interprétation. Le live fait table rase de la théorie ; on découvre si une chanson prend vie dans le corps, et pas seulement sur le papier.
8. Après avoir remporté le concours de chansons originales Fuller Sounds et entamé une tournée de 17 dates au Royaume-Uni, avez-vous ressenti un tournant dans votre carrière ou votre confiance artistique ?
Quelle aventure ! J’étais tellement honorée de gagner. « Home, Girl » était un morceau phare de ce set. Quand on fait ça pendant un certain temps, on se demande souvent si nos chansons touchent vraiment les gens ; et puis soudain, on enchaîne les concerts et le public donne vie à nos morceaux, au-delà de nos propres idées. Quant aux « tournants », ce sont des tournants constants – on espère juste créer un morceau qui marque les esprits.
9.« Homegirl » paraît légère en apparence, mais recèle une profondeur émotionnelle sous-jacente. Est-il important pour vous de jouer avec ce contraste entre simplicité et intensité ?
Absolument. Je crois que les émotions les plus fortes de la vie se manifestent souvent de façon très discrète, alors je me méfie toujours des chansons qui clament haut et fort leur importance. Je préfère de loin une musique dans laquelle on entre facilement, et laisser ensuite la profondeur se révéler une fois qu’on y est.
10. Enfin, si SMALL WONDER Si pouvait être résumé en une seule sensation ou image, quel message souhaiteriez-vous que les auditeurs retiennent ?
Probablement une lumière à une fenêtre au crépuscule : faible de loin, mais suffisante pour s’orienter. C’est l’effet que je souhaite donner à l’album : une impression de simplicité, certes, mais recelant tout un univers intérieur si l’on s’approche. Le titrePetit miracleC’est pour cette raison que cela me plaît : l’idée que ce sont souvent les choses les plus discrètes qui perdurent.
