10 questions avec KHROTO : Derrière les émotions silencieuses de “Betsuni Heiki”

Votre morceau « Betsuni Heiki » explore l’idée de dire « Je vais bien » alors que ce n’est pas le cas. D’où vient ce thème ? Est-ce quelque chose de personnel pour vous ?

Les paroles et le titre ont été créés par la chanteuse YU-KA et le rappeur HIDEKICHI.
Dans mon style de production, j’essaie de ne pas trop interférer avec les paroles ou les thèmes. Pour moi, la musique est une question d’honnêteté. Chaque artiste a quelque chose de réel qu’il veut exprimer à ce moment-là, et je pense qu’il est important de protéger ce sentiment plutôt que de le contrôler.

Votre musique est très atmosphérique et introspective. Comment décririez-vous votre processus créatif pour construire de tels paysages émotionnels ?

Je suis spécialisé dans la création d’ambiances émotionnelles et mélancoliques. Quand je produis, je me demande toujours : « Est-ce que cela touche mon âme ? ». Si cela ne me touche pas, cela ne touchera personne d’autre. « Betsuni Heiki » s’est construit très naturellement. Je pense que j’étais dans un état de flow — presque comme si le morceau existait déjà quelque part et que je ne faisais que le découvrir. Pendant le processus, j’ai ressenti un fort sentiment d’urgence et d’excitation, comme : « Je dois finir ça maintenant. »

Vous êtes basé à Tokyo. Comment la ville, surtout la nuit, influence-t-elle votre identité sonore ?

J’ai déménagé à Tokyo depuis Fukui, une région rurale calme. Tokyo la nuit est complètement différente — raffinée, vibrante, presque cinématographique. Dans ma ville natale, j’étais toujours entouré de gens. Mais à Tokyo, je passe plus de temps seul.
Ces heures calmes tard dans la nuit sont devenues essentielles pour moi. C’est à ce moment-là que je me confronte à moi-même, et la plupart de mes idées naissent de ce silence.

Sur « Betsuni Heiki », la collaboration avec YU-KA et HIDEKICHI est essentielle. Comment avez-vous travaillé ensemble pour trouver cet équilibre entre vulnérabilité et confiance ?

J’ai été présenté à YU-KA par MASA, le PDG de T.N.D. Quant à HIDEKICHI, nous avions déjà travaillé ensemble sur plusieurs morceaux auparavant. À l’origine, le morceau était prévu comme un solo pour YU-KA. Mais j’ai suggéré d’intégrer HIDEKICHI pour créer un contraste — entre douceur et force, vulnérabilité et confiance. Cet équilibre est devenu un élément clé de la chanson.

Il y a un contraste saisissant entre le chant et votre production. Composez-vous en pensant à des artistes précis, ou adaptez-vous le morceau après coup ?

Le processus de production était assez unique.
HIDEKICHI a d’abord enregistré son rap sur une instru libre trouvée en ligne. Ensuite, nous avons supprimé l’instrumentale originale, et j’ai reconstruit tout le morceau à partir de zéro autour de sa voix. Cela ressemblait moins à une production depuis rien qu’à une transformation d’une émotion déjà existante en une nouvelle forme.

La chanteuse YU-KA

Votre travail mêle hip-hop atmosphérique et R&B alternatif. Quelles sont vos principales influences, au Japon et à l’international ?

J’ai été influencé par de nombreux genres — J-pop, rock, et à l’international le hip-hop, le R&B, la house, la trance et l’eurobeat. À cause de la barrière de la langue, je me suis davantage concentré sur l’atmosphère, les textures sonores et les mélodies plutôt que sur les paroles. Parmi mes influences principales figurent Timbaland, Stargate, Dr. Dre et Nujabes.
Ils m’ont tous appris à créer de l’émotion à travers le son lui-même.

« Betsuni Heiki » aborde également le passage à l’âge adulte et ses pressions. Envisagez-vous d’explorer davantage ce thème dans vos projets futurs ?

Je pourrais explorer des thèmes similaires à l’avenir, mais je laisse généralement cette partie aux artistes.
Quand quelqu’un écoute mon beat et ressent quelque chose d’assez fort pour l’exprimer, cette émotion devient plus réelle et plus puissante. Je vois mon rôle comme la création d’un espace émotionnel où cela peut se produire.

Votre son est à la fois typiquement japonais et influencé par le monde entier. Quelle est votre place sur la scène musicale internationale actuelle ?

Pour l’instant, je suis encore un artiste underground. Mais mon objectif est clair — créer une musique qui résonne au-delà des langues et des frontières, et qui touche des gens partout dans le monde. Je construis cela étape par étape.

L’idée d’« émotions contenues » est très présente dans votre musique. Pourquoi privilégier une approche plus subtile plutôt qu’une approche directe ?

Je pense que cela reflète un sens de la beauté typiquement japonais. La vraie force n’est ni bruyante ni agressive. Elle existe silencieusement, à l’intérieur. Il y a quelque chose de puissant dans les émotions subtiles — dans ce qui est ressenti, mais pas totalement exprimé. Pour moi, le silence n’est pas un vide. C’est une forme d’expression.

Si vous deviez résumer l’évolution personnelle qui a inspiré « Betsuni Heiki », que diriez-vous à quelqu’un qui l’écoute pour la première fois ?

Si je devais décrire ce morceau en une phrase, ce serait : « Une conversation avec mon moi intérieur. » Il s’agit des émotions silencieuses que nous ne montrons pas, mais que nous portons toujours en nous.