Portée par une sensibilité à fleur de peau et une identité musicale en pleine affirmation, Nadia Maria dévoile un premier EP qui sonne comme une déclaration intime. À travers This Is A Solo And Not A Duet, l’artiste explore les chemins sinueux de l’amour de soi, entre vulnérabilité assumée et émancipation personnelle. Dans cette interview, elle revient sur la genèse de ce projet, ses influences et sa vision d’une musique libre et authentique.
1. Ton EP This Is A Solo And Not A Duet explore le thème de l’amour de soi. À quel moment de ta vie personnelle ce projet a-t-il commencé ?
Étant donné que c’est mon tout premier EP, j’ai honnêtement l’impression que ce projet a commencé dès ma naissance ! C’est une collection de tout ce que j’ai appris en grandissant et en évoluant, tant sur le plan personnel que musical. Il y a eu beaucoup d’insécurités, d’échecs, de relations toxiques et de schémas malsains que j’ai dû surmonter pour arriver à cette conclusion majeure : les opinions et les critiques des autres n’ont aucune importance. C’est ma vie et je dois en être le personnage principal. Je dois faire confiance à mon intuition et m’efforcer de devenir la meilleure version de moi-même. La chanson la plus ancienne de l’EP a été écrite il y a dix ans, après que j’ai réalisé que la personne dont j’étais obsédée ne tenait pas vraiment à moi. Je suppose que c’était la première étape vers la création de cet EP.
2. Le titre de l’EP est marquant et intrigant — pourquoi avoir choisi This Is A Solo And Not A Duet ?
Le titre est en réalité une citation de cette ancienne chanson, Beautiful Coward. Il résume le sentiment d’être libérée du jugement des autres et de reprendre le contrôle de sa propre histoire. J’aime aussi le fait qu’il provienne d’une chanson présente depuis le début, car cela symbolise une réalité : ces leçons peuvent prendre beaucoup de temps à être apprises. Mais au final, cela en vaut toujours la peine. C’est probablement ma phrase préférée que j’aie jamais écrite.
3. Il y a une vraie douceur et vulnérabilité dans ta voix. Est-ce quelque chose que tu travailles consciemment en studio ?
Tout d’abord : merci beaucoup ! Le plus important pour moi était vraiment d’incarner les paroles. On m’a toujours dit qu’une bonne chanson est celle dont on comprend le sens sans même écouter les paroles. C’est ce que je cherchais à faire. Mais c’est amusant, parce qu’en grandissant, je chantais à pleine puissance toute la journée ! On m’appelait “la bruyante”, et certaines premières versions des chansons de l’EP étaient bien plus “puissantes”. J’ai simplement ressenti le besoin de raconter ces histoires de la manière la plus authentique possible, alors je me suis concentrée sur le fait de vraiment ressentir ce que je chante.
4. Tu viens d’une formation classique, incluant l’opéra et le jazz. Comment cette formation influence-t-elle ta musique pop/R&B aujourd’hui ?
Ma formation classique m’a donné une excellente base technique vocale, et j’en suis extrêmement reconnaissante. La théorie musicale m’a appris à analyser les œuvres, à comprendre la structure et l’harmonie, ainsi que l’influence du son des paroles sur la mélodie. Le jazz, lui, m’a offert une nouvelle compréhension de l’improvisation et de la flexibilité. Je pense que la magie réside dans la combinaison des deux.
5. Tes influences R&B des années 2000, disco et soul sont très marquées. Quels artistes ou albums t’ont le plus influencée ?
La toute première chanson que j’ai adorée était Miss You Much de Janet Jackson. Plus tard, je suis devenue une grande fan de Destiny’s Child. L’album Destiny Fulfilled a eu une énorme influence sur moi, notamment au niveau des harmonies vocales et des superpositions. On peut vraiment l’entendre dans mes chansons, surtout dans No More. Mais vocalement, mon plus grand modèle reste Aretha Franklin. Il y a chez elle une juxtaposition magique entre puissance et légèreté que je cherche à atteindre.
6. Tu as collaboré avec le producteur OLO sur cet EP. Comment s’est déroulé ce processus créatif en studio ?
J’ai rencontré OLO pendant nos études de musique classique, et nous sommes devenus meilleurs amis. Il était violoncelliste et moi chanteuse d’opéra. Mais aucun de nous ne s’identifiait vraiment à ce rôle de musicien classique. Nous voulions faire notre propre musique, celle que nous avions envie d’écouter.
Nous avons donc quitté le classique et commencé à apprendre la production. Les débuts ont été difficiles, car aucun de nous ne maîtrisait les logiciels de production. Mais nous savions que cela en valait la peine. Nous partagions beaucoup d’influences communes, ce qui nous a aidés. Après beaucoup d’essais et d’erreurs, nous avons trouvé notre voie.
Nous sommes tous les deux perfectionnistes, ce qui rendait la sortie des morceaux compliquée — il y avait toujours quelque chose à améliorer. Mais ces dernières années, nous avons beaucoup appris sur l’industrie, et le moment nous a semblé idéal pour partager notre musique. OLO s’est vraiment affirmé, et je suis très fière du producteur qu’il est devenu.
7. Après avoir obtenu le Golden Buzzer à Switzerland’s Got Talent, comment ta relation à la musique a-t-elle évolué ?
C’était une expérience incroyable. La scène était immense, la production impressionnante, et j’ai su que c’était là que je devais être. J’ai commencé à écrire davantage et à jouer avec des groupes. La suite a été douce-amère : j’ai eu des opportunités, mais étant jeune, j’ai signé des contrats défavorables avec des personnes qui ne comprenaient pas ma vision artistique.
Avec le recul, c’était une leçon précieuse qui m’a poussée à devenir une artiste indépendante et à créer selon mes propres règles.
8. Tu t’es produite sur de grandes scènes comme Openair St. Gallen. Qu’est-ce que le live t’apporte que le studio ne peut pas offrir ?
La scène est ma chose préférée au monde ! Rien ne remplace l’énergie que je ressens en me connectant au public. Je pourrais le faire tous les jours.
C’est très différent du studio, où l’on peut peaufiner chaque détail. Sur scène, il faut être dans l’instant et réagir rapidement. J’aime les deux, mais la scène reste mon véritable amour <3
9. Ta musique est déjà présente dans des médias et playlists internationaux. Ressens-tu une pression liée à cette visibilité ?
Pas du tout ! Je suis reconnaissante, car cela me rapproche de mes objectifs. Je suis très motivée et je travaille dur pour avancer. Mais la seule personne à qui je dois rendre des comptes, c’est moi-même.
Tout est dans le titre : This Is A Solo And Not A Duet. Cela ne veut pas dire que je suis seule — j’ai la chance d’être entourée de personnes formidables. Mais au final, les opinions des autres n’ont pas d’importance. Être indépendante me permet d’avancer à mon rythme et à ma manière.
10. Avec cet EP et ton concert à Londres, tu entres dans un nouveau chapitre — quelle est la suite pour Nadia Maria ?
Ce n’est que le début. J’ai encore beaucoup de surprises en réserve pour prolonger l’histoire de cet EP. Le prochain projet est déjà en cours, et il ne prendra certainement pas dix ans !
En attendant, je veux me produire autant que possible et partager ma musique avec le plus de monde.
