10 questions pour Anatomy of the Heads : du “Tropical Dread” au vampire synth

Plongée dans l’univers singulier d’Anatomy of the Heads, cette interview dévoile une vision artistique aussi déroutante que fascinante. À travers Unholy Spirits Light Divine, Michael van Gore explore un territoire sonore hybride, entre exotica fantasmée et atmosphères vampiriques. Une conversation où l’imaginaire, l’ironie et l’expérimentation musicale s’entrelacent pour redéfinir les contours de l’expérience sonore.

1. Votre nouvelle édition de Unholy Spirits Light Divine explore ce que vous appelez le “Tropical Dread”. Comment décririez-vous cette fusion d’exotica et d’ambiance vampirique à quelqu’un qui découvre votre univers ?

Si vous rejoignez le culte avec Unholy Spirits Light Divine, vous passez probablement à côté de l’essentiel. Les influences exotica ne vous frappent pas à coups de noix de coco — elles sont “superflues mais sensées”, autrement dit, la plupart des gens n’y verront que du feu. À moins d’avoir passé votre vie à classer l’exotica comme musique ultime de l’imaginaire, vous ne percevrez pas l’ombre d’une steel guitar… du moins jusqu’à ce qu’on mette littéralement le feu à la scène avec des torches tiki dans une prochaine sortie.
Pour ceux qui ont besoin d’une formule : exotica = musique de fantasme.
Le principe est simple : vous choisissez un lieu — réel, imaginaire ou halluciné — et vous adaptez l’écriture et l’instrumentation pour lui donner vie. Ici, ce n’est pas Maui, mais un château de vampires lugubre, éclairé à la bougie. Profitez du séjour : les sorties sont verrouillées de l’extérieur.

2. Vous mentionnez le dungeon synth, le black metal et le harsh noise. Comment choisissez-vous les styles que vous intégrez ?

Chez nous, c’est la règle du cool qui prime. Si ça nous plaît, on l’utilise. Si vous regardiez vraiment sous la surface d’un disque d’exotica, vous verriez à quel point tout diverge.
L’exotica est notre échappatoire conceptuelle : elle nous permet de piller n’importe quel genre sans changer d’identité. Cela maintient une cohérence minimale pendant qu’on passe du harsh noise à quelque chose de plus mélodique.
Si demain je veux faire un morceau punk ou une ballade country sur un cheval suicidaire, je le ferai. Tout a sa place dans Anatomy of the Heads.

3. Vos albums sont décrits comme des “univers autonomes”. Quelle importance a la narration ?

Chaque disque est une dimension parallèle. Nous fournissons l’atmosphère, vous fournissez la facture du psy.
On privilégie l’instrumental pour laisser votre cerveau travailler. L’album devient un labyrinthe de fragments narratifs — une aventure où chacun construit son propre traumatisme.
Notre but : stimuler votre imagination au maximum. Si au quatrième morceau vous n’hallucinez pas un bal en ruine ou un rituel dans la jungle, on a raté quelque chose.

4. Pourquoi cette fascination pour Dracula et les vampires d’Asie du Sud-Est ?

Honnêtement, c’est accidentel. L’idée est née quand ma femme m’a surpris dans un délire “draculesque” et m’a dit : “Dracula est ton idole, non ?”
J’ai réalisé qu’elle avait raison — et j’ai plongé dedans. On a imaginé une histoire de vampires étrangers se rendant en Transylvanie pour rendre hommage au Comte. Tout ça est glissé dans les titres et l’esthétique.
Bref : blâmez ma femme.

5. Votre éclectisme peut dérouter. Est-ce volontaire ?

Soyons honnêtes : l’auditeur passe après. On fait de la musique pour nous divertir.
Rien n’est plus triste qu’un groupe qui recycle ses propres idées. Si ça perturbe les gens, tant mieux. Je préfère intriguer que m’ennuyer.

6. Vous parlez de “liquidation sensorielle”. Qu’est-ce que cela signifie ?

Je ne sais pas quel critique a inventé ça, mais ça sonne bien.
En réalité, on fait simplement des albums. Pas de singles. Si vous nous donnez 40 minutes, on vous plonge dans une immersion totale. L’objectif : vous faire décrocher du réel.

7. Comment décidez-vous entre EP et album ?

C’est surtout une question de dynamique interne.
Les albums sont des projets collectifs. Les EP sont des fantasmes individuels, où un membre prend le contrôle total.

8. Vos textes oscillent entre humour absurde et folklore inquiétant. Pourquoi ?

La musique n’est jamais seule : il y a aussi l’image, l’esthétique, l’objet.
On vise une œuvre totale. Tout compte, jusqu’à la texture de la cassette.
On évolue dans ce que j’appelle les “déchets intellectuels” : à la fois sophistiqués et volontairement kitsch.

9. Le minimalisme de l’album a été critiqué. Était-ce un choix ?

Évidemment. Chaque album est une destination. Ici, le château vampirique exigeait du minimalisme.
Mais on ne reste jamais au même endroit. On voyage entre les styles comme on change de destination.

10. Que souhaitez-vous que les auditeurs ressentent ?

Ceux qui restent ressentent toujours une tension, une inquiétude latente.
C’est un mélange de malaise et de fascination — comme un village charmant où quelque chose cloche profondément.
Et nous serons ravis de vous y emmener.