Avec Wreckage of the Past, John Keenan frappe fort. Dix-huit titres, aucun compromis, aucun artifice : l’artiste américain assume un projet entièrement façonné par lui-même, de l’écriture à la production en passant par le mixage. Un choix audacieux qui lui permet de livrer une vision brute, cohérente et sans détour. Ici, pas de raccourcis ni de clins d’œil aux tendances du moment, mais un mélange d’influences où se croisent hip-hop, basses funk, accords de jazz et cordes dramatiques.
Dès “Afraid to Try”, le ton est donné. L’ouverture est accrocheuse, animée par une rythmique dynamique et des touches synth-pop, tandis que Keenan déploie un flow rap/pop qui résonne comme une belle porte d’entrée. Derrière l’énergie se cache une sincérité désarmante, reflet de l’introspection qui traverse tout l’album.
Chaque morceau apporte sa couleur. “Again She Lies” séduit avec son saxophone et son piano profond, où rap et chant s’entremêlent dans un esprit r&b des années 90. “Decide I Could Change” s’impose avec son piano omniprésent et un flow technique qui rappelle parfois Nate Dogg. Plus direct, “Don’t Need Mine” joue la carte pop-rap, confession intime soutenue par des refrains mémorables. “Gettin Hella Bchez” surprend par sa construction minimaliste, entre guitare, piano et voix, mais garde une puissance irrésistible.
La dimension politique prend tout son sens avec “Letter to the President”, protest song urgente où le flow de Keenan renvoie aux heures glorieuses du rap west coast, entre tensions et cordes dramatiques. Dans un autre registre, “Refining My Pages” dévoile un flow presque spoken word, porté par un beat percutant et un refrain féminin aérien. Enfin, “Things Ain’t Right” conclut le disque sur une note poignante, avec un piano sombre et un chant habité.
Wreckage of the Past n’est pas un simple album de rap : c’est une déclaration artistique, un manifeste d’authenticité qui prouve que John Keenan a trouvé sa voix. Sans compromis, il signe une œuvre riche et personnelle qui mérite une écoute attentive.

