Village Instincts revient avec « gentrified! », un morceau qui frappe comme une porte métallique claquée à l’aube. Dès les premières secondes, la guitare arrache l’air avec des riffs nerveux, presque impatients, tandis que la batterie, sèche comme l’asphalte en été, installe un tempo sans fioritures. L’ensemble pulse avec cette énergie garage qui sent l’urgence, le local de répétition et l’esprit DIY que le groupe revendique sans détour.
Dans cette chronique musicale, impossible de passer à côté de la charge émotionnelle qui traverse la voix : une oscillation constante entre rage maîtrisée et ironie mordante. Village Instincts ne hurle pas, mais pointe du doigt, avec un mélange de sarcasme et de lucidité, ce phénomène de gentrification qui redessine les rues, les loyers et parfois les destins. On devine entre les lignes l’arrivée des cafés trop parfaits, des loyers qui grimpent et des visages familiers qui s’effacent.
Ce qui rend « gentrified! » si percutant, c’est la manière dont le groupe transforme une réalité sociale en matière sonore brute. Pas de morale imposée, pas de slogan : juste un instantané électrique, tendu, qui capture l’ambiance d’un quartier qui se retrouve pris dans une mutation qu’il n’a pas choisie.
Village Instincts signe ici un titre qui n’est pas seulement musical. C’est un geste, une réaction instinctive, presque corporelle. Une façon de dire : « Nous voyons ce qui se passe, nous l’entendons, et voilà comment ça résonne dans nos amplis. » Un single court, incisif, mais qui laisse une trace longue, comme un écho dans une ruelle qu’on a trop vite repeinte.

