Quand le duo amstellodamois KOLORA dévoile « Ambient Music For Global Warming », ce n’est pas seulement un morceau de plus : c’est une prise de parole sonore. Composé de Liloe Barend (guitare) et Koenraad Wiering (synthétiseurs), le projet s’est structuré dans l’ombre de la pandémie, comme un besoin de recréer des paysages intérieurs quand le monde s’arrêtait.
Leur ambition : renouer avec l’esprit des travaux pionniers de Brian Eno, en particulier son classique Ambient 1: Music for Airports (1978), qui posa les bases de ce que devait être la « véritable » ambient — une musique « aussi facile à ignorer qu’intéressante », capable d’habiller un espace sans l’imposer, d’ouvrir un souffle sans monopoliser l’attention.
Mais KOLORA inverse la logique : au lieu d’accompagner l’attente ou le vide d’un aéroport, « Ambient Music For Global Warming » s’adresse à un monde en tension, à un climat en mutation. Les nappes de guitare mélancolique côtoient des textures synthétiques vaporeuses. L’écoute devient un voyage intérieur — une immersion dans l’urgence silencieuse du changement. Chaque note semble flotter comme un nuage — fragile, insaisissable, déjà en train de se dissiper.
C’est une ambient qui ne relaxe pas : elle alerte. Elle invite à l’introspection, à percevoir les interstices entre les sons comme autant de fissures dans notre atmosphère collective. Et à ressentir la planète, non comme décor, mais comme corps vivant — vibrant, souffrant, en mutation.
Avec cette pièce, KOLORA ne se contente pas d’emprunter un style : il le transforme en un manifeste, une bande sonore pour notre époque troublée. Une ambient politique, sensuelle, engagée — et profondément troublante.

