Dans Radar, il y a parfois des artistes qui ne se contentent pas d’avancer : ils déplacent la géographie entière de ce que l’on croyait connaître. AXXI OMA fait partie de ceux-là. Originaire de Kharkiv, installée à Berlin depuis l’invasion russe, elle compose comme on respire après une longue course : avec urgence, avec instinct, avec cette manière d’attraper le réel pour le transformer en matière sonore mouvante.
On dit souvent que l’exil fracture. Chez elle, il reconfigure. Depuis 2022, sa musique s’est chargée de souvenirs, de manques, de questions — mais surtout de résistance. Elle alterne entre ukrainien et anglais, mais c’est moins une affaire de langue qu’une affaire de texture : sa voix circule, flotte, s’enroule sur elle-même, frappe au moment précis où l’on ne s’y attend plus. Au fil de ses titres, de Voda à Nothing Is Ok With Us, on sent une artiste qui ne cherche pas l’effet, mais l’incantation.
L’année 2025 marque une bascule. En résidence à Amantea, petite ville du sud de l’Italie, AXXI OMA se retrouve absorbée par les mythes calabraises — sirènes, montagnes, mer — et par les sons du quotidien qu’elle enregistre, presque comme on cueille des traces. De cette immersion naît Planets and Gods, un premier EP qui ressemble à un lieu à part, une culture imaginaire où se croisent traditions locales et science-fiction intime. Hunters, Mermaids, White Hole : chaque titre ouvre une porte différente, mais tous gardent cette signature organique, presque viscérale.
Sur scène, de Berlin Art Week à la Millerntor Gallery, elle crée un rituel plus qu’un concert. Une présence magnétique, un souffle électronique, et cette sensation rare : celle d’assister à un monde en train de se fabriquer en direct. AXXI OMA ne raconte pas seulement son histoire — elle la transforme en territoire.

