Dans Everything Looks Strange On TV, Ben Clemo ne se contente pas de signer un retour : il expose, avec une franchise désarmante, la nervosité qui traverse notre époque. Le musicien confie avoir été poussé par une forme de terreur — celle de regarder le monde se déliter, mais aussi celle, plus intime, de sentir qu’il devait recommencer à écrire et à partager sa musique. Cette impulsion brute façonne un titre où l’urgence se glisse dans chaque recoin.
Dès les premières secondes, la chanson installe une atmosphère synthétique et sombre héritée de la new wave et de la darkwave. Mais Clemo n’en reste pas à la reproduction d’un héritage : il y injecte une sensibilité indie-pop qui adoucit les angles et rend le morceau étrangement familier. La production joue volontairement sur une hybridité subtile, entre rugosité lo-fi et clarté vocale presque pop. Ce contraste crée une tension fertile, comme si le titre oscillait en permanence entre la scène underground et une forme de lumière mainstream.
Au cœur du morceau, l’écriture dévoile une intimité feutrée. Clemo questionne notre rapport au monde vu à travers l’écran : ce filtre qui déforme, qui amplifie, qui rend tout simultanément proche et irréel. La télévision devient un prisme où la réalité glisse, se trouble, se contemple à distance.
Avec Everything Looks Strange On TV, Ben Clemo capture l’étrangeté diffuse de notre quotidien médiatisé. Il transforme le malaise collectif en une matière musicale qui respire, lumineuse malgré l’ombre. Une chronique de l’époque, chantée à voix nue et synthés ouverts.

