1. Votre nouveau single « Katsu » a été décrit comme un hymne J-pop cinématographique. Pouvez-vous partager l’histoire de cette chanson et ce qu’elle représente pour vous personnellement ?
« Katsu » est née d’une période très calme mais intense de ma vie. En surface, elle paraît puissante et cinématographique, mais en son cœur, elle vient de la solitude et d’une douleur accumulée. Pendant longtemps, je portais des choses de mon enfance – le silence, le doute de soi, la sensation constante de ne pas être à ma place – et je n’avais jamais vraiment donné une voix à ces sentiments.
Cette chanson est le moment où je le fais enfin. Elle ne consiste pas à prétendre que tout va bien. Il s’agit de reconnaître la douleur et de réaliser qu’elle peut devenir un carburant plutôt qu’un fardeau. J’ai travaillé sur cette chanson pendant environ trois ans. Si mon précédent single, « Unfolded », parlait de la vulnérabilité de s’ouvrir, « Katsu » parle de la force de tenir sa place. C’est le moment où j’ai arrêté de m’excuser d’exister tel que je suis et où j’ai décidé d’avancer. Pas bruyamment, pas agressivement – mais avec une détermination tranquille. Ce n’est pas seulement une chanson. C’est une déclaration que je ne fuis plus mon passé.
2. Le titre « Katsu » a une double signification en japonais : victoire et éveil spirituel. Comment avez-vous intégré cette philosophie dans votre processus créatif ?
Spirituellement, je me sens plus proche du shintoïsme – ce lien profond avec la nature, l’idée que des esprits vivent en tout, qu’un loup peut être un messager divin. Mais le Zen m’a toujours inspiré, notamment le concept de « katsu » comme un cri soudain d’éveil – un instant où quelque chose en vous se révèle et où l’illusion se brise.
Honnêtement, mon processus créatif n’était pas intellectuel ni calculé. Je voulais juste être honnête. Sans barrières, sans timidité, sans honte. Juste me laisser totalement exposé. J’ai toujours eu une vie intérieure très riche, mais pendant la plupart de ma vie, je la gardais pour moi. Je n’en parlais pas. Je restais silencieux, et la plupart des gens me jugeaient sur ce qu’ils voyaient à l’extérieur – quelqu’un de taciturne, difficile à cerner. Avec « Katsu », j’ai décidé d’arrêter le silence. Je n’ai pas toujours à montrer mon côté fort. Même si la vie m’a rendu très résistant – j’ai appris beaucoup sur les gens, sur le monde, sur moi-même – la vraie force était enfin de laisser sortir ce monde intérieur.
Musicalement, cette honnêteté s’est traduite par des éléments orchestraux cinématographiques qui explosent dans le refrain. La chanson mime ce moment soudain de clarté où l’on réalise qu’on n’a pas besoin de la permission de quelqu’un d’autre pour être soi-même. Pour moi, la victoire n’est pas de battre quelqu’un d’autre, mais d’apprendre à vivre avec les parties douces et amères de soi-même.
3. Vous avez commencé votre carrière comme consultant en informatique avant de vous tourner vers la musique. Comment votre parcours technique influence-t-il votre approche musicale et votre style de production ?
Je ne dirais pas que je pense comme un informaticien. Je suis beaucoup plus émotionnel que rationnel. Si je devais me définir, je serais plutôt « chaotique bon » – je suis guidé par le ressenti et je structure ensuite. Je ne suis pas quelqu’un qui conçoit une chanson comme un système. Mon esprit ne fonctionne pas ainsi.
Mais l’informatique m’a donné l’accès aux outils. Elle m’a appris à explorer logiciels, environnements de production, technologies VR – et à trouver des moyens de façonner mon art grâce à eux. Cela a ouvert des portes que je n’aurais peut-être jamais trouvées autrement. Et plus profondément, ça m’a aidé à trouver des façons d’exprimer mes émotions sans mots. Quand on travaille des années avec des systèmes complexes, on développe un instinct pour les connexions. Cet instinct apparaît dans ma musique, mais il vient de l’émotion, pas de la logique.
La vraie transition n’a pas été de l’informatique à la musique, mais du fait de cacher qui je suis à celui de le révéler enfin. L’informatique m’a permis de rester stable pendant quinze ans, tandis que l’artiste en moi attendait la permission d’exister. La musique est l’endroit où le vrai moi vit.
4. Vos performances utilisent un avatar de loup en VR. Que cette persona artistique apporte-t-elle à votre musique et à l’expérience live pour le public ?
Le loup n’est pas un costume ni un gimmick. C’est une part de moi qui existe depuis près de vingt ans, bien avant de monter sur scène. J’ai créé ce personnage à quinze ans, alors que j’étais un enfant vraiment solitaire. La persona est inspirée en partie par la mythologie shinto, où les loups – okami – apparaissent comme des messagers et protecteurs divins. Dans cette tradition, le loup est un gardien. Cela correspondait à un besoin profond que j’avais.
Paradoxalement, porter ce masque me permet d’être plus honnête. Il me donne le courage d’exprimer ma vulnérabilité sans peur – de parler ouvertement de solitude, de santé mentale, du sentiment de ne pas appartenir. Pendant de nombreuses années, j’ai eu du mal à me connecter aux gens en face à face. Le loup agit à la fois comme bouclier et miroir.
Pour le public, il crée un espace symbolique partagé. Les gens ne regardent pas simplement un performeur. Ils projettent leurs propres sentiments d’isolement, de résilience ou de transformation sur le personnage. Dans les performances live ou en VR, cette connexion devient incroyablement intime, même à distance digitale. Cela montre que l’identité est fluide et que nous pouvons exprimer qui nous sommes vraiment d’une manière que le monde ne comprend pas encore pleinement.
5. Votre musique mélange J-pop, K-pop, synthwave et éléments de folk japonais. Comment créez-vous un pont authentique entre les cultures musicales orientales et occidentales ?
Je n’aborde pas cela comme une fusion par effet de mode. La culture, la langue et la philosophie japonaises font partie de ma vie depuis l’enfance. J’ai choisi le japonais comme deuxième langue à l’école, et ce qui m’attire n’est pas le mainstream mais la culture ancienne, la philosophie, la profondeur spirituelle. Ces éléments me semblent donc naturels plutôt qu’empruntés.
Je respecte l’essence émotionnelle de la J-pop – souvent axée sur la mélodie et les progressions d’accords complexes – tout en appliquant le poids sonore de la production occidentale. Travailler avec une équipe internationale diversifiée aide énormément. Nous pouvons prendre un concept japonais traditionnel comme « Katsu » et le traiter avec des techniques de mixage issues de la pop américaine ou du synthwave. Mon héritage européen et hongrois influence la manière dont je raconte des histoires.
Le pont se crée naturellement lorsque les deux côtés sont traités avec honnêteté et curiosité, et non comme une tendance. Je vis entre les cultures – émotionnellement, créativement, spirituellement – donc la musique reflète naturellement cela. L’objectif est de trouver l’émotion universelle dans des sons culturels spécifiques, quelque chose qui semble à la fois distinct et instantanément familier.
6. « Katsu » devait initialement être votre finale pour Csillag Szuletik. Même si vous n’avez pas atteint la finale, comment cette expérience a-t-elle façonné la version finale de la chanson ?
Ne pas atteindre la finale a en fait donné plus d’espace à la chanson pour respirer. À l’origine, « Katsu » devait être une chanson sur le triomphe sur une scène télévisée. Sans la pression de ce format, j’ai pu la rendre exactement comme elle devait être – plus brute, plus personnelle et moins polie artificiellement.
Cette expérience m’a rappelé que la validation externe n’est pas la même chose que la vérité intérieure. D’une manière étrange, cette réalisation a renforcé le message même de la chanson : la destination importe moins que l’éveil que l’on vit en chemin. Elle a prouvé la philosophie de « Katsu » dans la vie réelle.
La chanson est passée d’un simple morceau de compétition à un véritable hymne sur le fait de se relever et de commencer le chapitre suivant selon ses propres termes. Ne pas atteindre la finale n’a pas diminué « Katsu ». Au contraire, cela l’a complétée.
7. La chanson explore des thèmes très personnels – solitude, cicatrices d’enfance, résilience. Comment transformez-vous ces émotions en force musicale ?
En ne fuyant pas. Je laisse ces émotions exister pleinement lors de l’écriture, sans les juger. Il y a une phrase dans les paroles où je parle d’accepter à la fois le « sucré et l’amer ». Je voyais autrefois ma solitude d’enfance et la douleur du divorce de mes parents comme des déficits – des choses qui me rendaient moins. Dans « Katsu », je les transforme en nourriture – en quelque chose qui a nourri ce que je suis devenu.
Il existe un concept japonais, katei, qui signifie quelque chose comme « la maison comme unité émotionnelle ». Ce n’est pas seulement un lieu physique – c’est un espace intérieur sûr, un sentiment d’appartenance sans mots. Dans la culture japonaise, le silence à la maison n’est pas froid. C’est de la confiance. Vous n’avez pas besoin de montrer vos émotions. Vous êtes accepté simplement par votre présence. Cette idée me touche profondément, car pendant longtemps, j’ai porté un monde intérieur silencieux que personne ne voyait. « Katsu » rend hommage à ce silence et le transforme en quelque chose que les autres peuvent entendre.
Musicalement, j’exprime cela en associant des paroles mélancoliques à des rythmes puissants et entraînants. Cela crée un contraste qui dit : « Oui, ça a fait mal, mais regardez la force que ça m’a donnée. » Il s’agit de remercier mon moi passé d’avoir survécu, plutôt que de le plaindre.
Une fois la douleur reconnue, elle cesse d’être destructrice. La musique devient un contenant où elle se transforme en clarté, puis en compassion – pour soi et pour les autres. Transformer la douleur en son arrête l’isolement. Elle devient connexion. La vraie force vient de réaliser que votre histoire peut aider quelqu’un d’autre à se sentir moins seul.
8. Vous avez collaboré avec des producteurs internationaux. Comment ces collaborations ont-elles enrichi votre son et votre vision artistique ?
Travailler avec des producteurs comme Anthony Kilhoffer, Dylan Wissing et d’autres a été une véritable masterclass. Ils apportent un standard sonore mondial à ma vision indépendante. Ils savent exactement comment façonner un son de batterie ou une chaîne vocale pour qu’elle perce à la radio, ce que je voulais dès le début – pas seulement une qualité « pour un artiste de niche », mais quelque chose qui tient face à n’importe qui.
Au-delà de l’aspect technique, ces collaborations ont remis en question mes idées sur l’écriture musicale. Travailler avec des personnes de cultures différentes m’a montré que l’émotion est un langage universel. Même venant de mondes totalement différents, l’intention émotionnelle derrière la musique s’alignait instantanément. Ils m’ont poussé à penser plus grand sur le plan sonore tout en restant ancré émotionnellement.
Chaque collaboration a renforcé l’idée que mon histoire peut voyager au-delà des frontières sans perdre son intimité. Cette vulnérabilité va plus loin que la perfection.
9. Vous travaillez également sur un album et un single intitulé « Unfolded », ainsi que sur des projets à venir comme « Hayate ». Comment ces œuvres élargissent-elles l’univers de « Katsu » ?
Je vois ces projets comme des chapitres du même voyage. Mes œuvres suivent un arc émotionnel plutôt que d’être des sorties isolées. « Hanei » posait la question – « Peut-on imaginer un monde meilleur ? » « Unfolded » parlait de s’ouvrir, de montrer ce qui est à l’intérieur, même fragile. « Katsu » est le moment d’éveil et de décision.
« Hayate » – qui signifie vent – est une collaboration avec KunaTones. C’est un morceau city-pop sur la recherche de paix dans le chaos quotidien, découvrir une oasis dans l’heure de pointe. Si « Katsu » est l’explosion d’énergie, « Hayate » est le souffle qui suit. Il représente le mouvement et l’élan, comme le vent qui pousse l’histoire.
Ensemble, ils forment une narration continue : vulnérabilité, réalisation, et avancée. Il ne s’agit pas seulement de chansons individuelles, mais de raconter une histoire de transformation que les gens peuvent suivre.
10. Vous lancez un programme de mentorat pour artistes japonais et performers en VR. Quels sont vos objectifs pour soutenir la nouvelle génération et faire entrer ces sons uniques dans le mainstream ?
Je veux aider les artistes qui existent entre des mondes – culturellement, digitalement ou émotionnellement – à se sentir vus et soutenus. Je sais à quel point ce chemin peut être isolant. Les artistes VR et cross-culturels existent souvent en dehors des systèmes traditionnels, et la scène virtuelle reste encore largement incomprise malgré sa grande liberté créative.
Mon ambition est de prouver que « niche » ne signifie pas « amateur ». Je veux aider ces artistes sur le plan pratique – ingénierie, production, connaissances de l’industrie – pour que leur art obtienne la plateforme qu’il mérite. Je veux construire une communauté où la scène virtuelle est respectée autant que la scène physique.
Mon objectif n’est pas de pousser les gens dans le mainstream à tout prix, mais de les aider à construire des trajectoires durables et authentiques où leur voix n’est pas compromise. Si ces sons atteignent un public plus large en chemin, je veux que cela se fasse sans perdre leur âme. Je crois que l’avenir de la musique et de la performance est profondément humain, même lorsqu’il est digital. Il ne s’agit plus seulement de mon succès. Il s’agit d’aider les autres à trouver leur propre moment « Katsu » – ce cri d’éveil où ils cessent d’attendre une permission et commencent à revendiquer leur place.
