Dans une ère musicale où les frontières entre cynisme et mélodie se brouillent à chaque nouvel album, Tom Minor — le Londonien au verbe acéré et à la guitare incisive — signe avec Ten New Toe‑Tappers for Shoplifting & Self‑Mutilation une œuvre qui mord autant qu’elle ensorcelle. Sorti fin janvier 2026, ce deuxième album de 12 titres est une plongée dans un indie rock existentiel nourri d’énergie britpop, de power‑pop nerveuse et d’une ironie littéraire mordante, digne des meilleurs pamphlets critiques.
Dès “Future Is an F Word”, en ouverture, Minor lance un regard désabusé mais savoureux sur notre époque — le futur traité comme un juron autant qu’un paradoxe à embrasser. Ses mélodies sautillantes contrastent avec les textes, souvent teintés d’humour noir et d’une conscience sociale aiguë. Le disque enchaîne ensuite avec des titres tout aussi singuliers : “Progressive or Punk” joue avec les étiquettes et les attentes, tandis que “Bring Back the Good Ol’ Boys” déploie une satire rock’n’roll piquante, articulant groove et critique acerbe des clichés rétrogrades.
Mais ce qui distingue vraiment cet album, c’est sa capacité à surprendre. Sur “Washed‑Up Buoy”, Minor flirte avec des textures plus expérimentales — un psychédélisme qui côtoie des influences 60s se mêlant à des sonorités quasi‑sci‑fi — prouvant qu’il ne se contente pas d’un power‑pop classique. Chaque piste semble pensée pour maintenir l’auditeur sur ses gardes, mêlant humour, dérision et sophistication musicale avec une fluidité impressionnante.
Et alors que “Change It!”, le single punchy qui clos le projet, propulse l’auditeur vers une rébellion personnelle, teinte de soul vintage et d’indie rock déterminé, on mesure la profondeur d’un artiste en pleine maîtrise. Avec Ten New Toe‑Tappers for Shoplifting & Self‑Mutilation, Tom Minor signe un manifeste musical aussi intelligent que visuellement évocateur — un album qui danse sur le fil du rasoir entre satire sociale et hymne pop irrésistible.

