Avec Korea, Korea, Overtown livre une chronique musicale née d’une expérience hors norme. Le morceau prend racine dans un séjour de dix jours en Corée du Nord, un territoire où chaque détail semble contrôlé, presque scénarisé, au point de donner le sentiment d’évoluer dans une réalité alternative. Cette impression de décor figé, à la frontière du réel et de la représentation, irrigue l’ensemble du titre.
Le point de bascule émotionnel survient lors de la visite d’un sous-marin américain capturé pendant la guerre de Corée. À l’intérieur, les lettres et confessions de prisonniers de guerre, visiblement rédigées sous contrainte, révèlent un malaise profond. Entre ce qui est montré au visiteur et ce qui se devine en creux, le contraste devient matière à réflexion, puis moteur créatif.
Sur le plan sonore, Korea, Korea s’impose par une atmosphère immersive et organique. Les nappes aériennes dessinent un espace suspendu, tandis qu’un refrain hanté, chargé d’émotion, s’ancre durablement dans l’écoute. Le morceau traduit cette sensation de tenir bon intérieurement, alors que l’environnement, lui, vacille et se déforme.
La production, assurée par Ian Kimmel et Tancrède Rouff, accompagne avec justesse cette tension narrative. Sans effet superflu, Korea, Korea s’inscrit comme un journal intime déguisé en paysage sonore, confirmant la capacité dOvertown à transformer l’observation du monde en une matière musicale profondément habitée.

