À Bristol, ville connue pour ses frictions sonores et son goût du laboratoire, une silhouette improbable émerge des flaques urbaines. Tuxedo Dave, producteur électronique et oursin tuxedo (Mespilia globulus), signe avec “Ground” une entrée en scène aussi conceptuelle que viscérale.
Dès les premières secondes, le morceau installe une pesanteur presque tellurique. Les rythmes avancent lentement, comme lestés par l’humidité du bitume, tandis que des nappes lointaines se déploient en arrière-plan. On croit entendre la ville respirer. Les pas, les vibrations du béton, la rumeur du trafic : tout est capté, immergé, puis retravaillé sous l’eau jusqu’à devenir texture. “Ground” n’est pas une simple production électronique, c’est une immersion.
Installé entre caniveaux, flaques et rebords de bassins portuaires, Tuxedo Dave compose avec des synthétiseurs étanches et des contrôleurs sensibles à la pression, adaptés à sa physiologie. Chaque pluie redessine son studio, chaque ruissellement ouvre une nouvelle piste. Cette contrainte devient langage.
Dans la lignée expérimentale de Bristol, il tisse ambient, club déconstruit et hydroacoustique urbaine. Mais au-delà de l’exploit symbolique — premier échinoderme de la scène locale —, “Ground” interroge notre manière d’écouter. Qui a le droit de faire musique ? Où commence le terrain, où finit la composition ?
Avec ce premier titre, Tuxedo Dave ne cherche pas la lumière : il préfère la profondeur. Et dans cette profondeur, il invente un battement inédit, à fleur d’eau et de béton.

