Le troisième album des The Dahmers, intitulé Creature Feature, marque une nouvelle étape dans le parcours du groupe suédois. Ici, le punk horrifique s’étoffe, gagne en relief et en ambition. Sans renier ses racines, la formation plonge plus loin dans les zones d’ombre, celles qui dérangent, fascinent ou provoquent un délicieux malaise.
Enregistré et coproduit à Stockholm, l’album bénéficie du regard affûté de Johan Gustafsson, alias “The Johan and only”, membre de The Hives. La production gagne en ampleur grâce à l’apport d’instruments inattendus — cuivres, violoncelle, flûte, piano — et à des textures synthétiques subtiles. Le son s’élargit, respire, sans jamais perdre son urgence. Une claque musicale et artistique qui nous a donné envie de plonger encore plus en profondeur dans le catalogue musical du groupe.
Sur Creature Feature, chaque morceau impose sa propre atmosphère. “Nightmare of ’78” convoque l’imaginaire des slashers seventies, entre paranoïa domestique et menace rampante, tandis que “River City Skyline” dévoile une facette plus introspective, presque poétique, portée par un punk lo-fi mélancolique.
Les thèmes abordés oscillent entre aliénation, tristesse, cultes obscurs, rats urbains et créatures venues d’ailleurs. Cette profusion nourrit une véritable ode à la culture trash et aux laissés-pour-compte, sans jamais oublier le sens du refrain accrocheur.
Avec ce projet que nous vous recommandons grandement, The Dahmers signent une chronique sombre mais étrangement euphorisante. Un album dense, généreux, qui confirme leur capacité à faire du chaos une échappatoire, le temps d’un voyage sonore hors du monde. À l’heure où le punk se répète, Creature Feature rappelle que l’audace et l’imaginaire restent des armes puissantes. Une écoute immersive, taillée pour la scène comme pour les nuits solitaires, casque vissé et lumières éteintes, jusqu’à l’ultime accord libérateur et cathartique, en apesanteur totale.

