Certains disques agissent comme des prismes, transformant le silence en une palette de couleurs vaporeuses. Blue Kisses and the Greenest Green, le nouvel opus du duo new-yorkais Sunday Works, s’impose d’emblée comme une dérive sensorielle d’une rare élégance. Lizzie Ferrell et Jackie Simons nous offrent ici une œuvre organique, une parenthèse de vingt-trois minutes où la pop expérimentale flirte avec l’abstraction cinématographique.
Le génie de cet album réside dans sa collaboration avec la compositrice Megan Carnes. En réimaginant cinq des sept titres, elle injecte une profondeur orchestrale à l’indie-pop minimaliste du groupe. Dès l’ouverture sur « Softly », le ton est donné : les voix, presque submergées, flottent sur des nappes de synthétiseurs rappelant la mélancolie lumineuse de Cocteau Twins.
L’ensemble fonctionne comme un diptyque chromatique. Le « bleu » évoque une tristesse douce, liquide, portée par des titres comme « Clouds », tandis que le « vert » incarne une renaissance texturale, un son « fait main » qui palpite de vie. Si « Turned to Gloss » brille par sa délicatesse, c’est l’inédit « Sword in My Belly » qui surprend. Plus sombre, presque dissonant, il vient briser la linéarité du songe pour nous rappeler l’urgence du réel.
Loin des formats radiophoniques calibrés, Sunday Works privilégie l’immersion totale. Ce n’est pas un simple recueil de chansons, mais une méditation sonore cohérente et vibrante. Une réussite éclatante pour qui accepte de se perdre dans ce jardin suspendu, entre baisers d’azur et chlorophylle électronique. Sans aucun doute la pause musicale de votre journée que nous vous recommandons de découvrir sans pus tarder.

