Certaines œuvres possèdent cette capacité rare de suspendre le temps dès les premières mesures. En libérant « Unturned », le producteur britannique Third Bloom ne se contente pas de teaser son second opus : il installe un climat. Loin des productions électroniques cliniques et désincarnées, ce morceau respire. Il possède cette texture boisée, presque tactile, évoquant la complexité des cernes d’un vieil arbre où chaque strate raconterait une cicatrice sonore.
Le cœur du réacteur ? Un breakbeat Amen Brother totalement défiguré, ralenti et distordu, qui sert de squelette à un mastodonte de basses slinky. On est ici dans une réinvention de la soul moderne, injectée de trip-hop sombre. L’artiste joue avec nos nerfs en étirant les fréquences, créant une tension constante qui ne demande qu’à exploser. C’est une musique de clair-obscur, faite pour les fins de nuit urbaines où l’humidité colle aux murs.
La rencontre avec la chanteuse Tash Breeze finit d’élever le titre au rang de pépite onirique. Sa voix, d’une fragilité cristalline, semble flotter au-dessus de la saturation comme une lueur dans le brouillard. Lorsqu’elle se fond dans les nappes éthérées pour mieux être rattrapée par la morsure du groove, l’effet est saisissant. Ce dialogue entre la grâce vocale et la violence sourde de la rythmique donne à « Unturned » une dimension cinématographique, presque spectrale.
Third Bloom signe ici un retour magistral, affirmant une identité sonore où la mélancolie se danse. Un voyage sensoriel qui nous laisse, avec une hâte non dissimulée, sur le seuil de son prochain album.

