Cinq ans après le silence de Nick Page, le projet Dub Colossus livre son dernier souffle avec Dub Will Keep Us Together. Paru sous le label Real World X, cet album posthume n’a rien d’un mausolée poussiéreux ; c’est une fête de famille, un baroud d’honneur où la basse continue de gronder contre l’absurdité du monde.
Sous la houlette bienveillante de sa compagne Cristina Moran (Dubulette) et de Toby Mills, ce disque agit comme un baume sonore. On y retrouve cette alchimie rare, presque magique, entre la chaleur des clubs de Londres et l’âme d’Addis-Abeba. La grande Mimi Zenebe y retrouve ses complices de Transglobal Underground pour tisser des trames où le reggae se drape de jazz éthiopien. Mais au-delà de la technique, c’est l’humanité du « Count Dubulah » qui transparaît.
L’album est une réponse organique aux fractures actuelles. Là où la géopolitique divise, Nick Page préférait unir par le rythme. Sa signature, faite d’un humour pince-sans-rire et d’un engagement viscéral pour la justice sociale, irrigue des titres comme And The Gods Made Dub. On sent, derrière chaque coup de caisse claire de Hamid Mantu ou chaque envolée de Ben Somers, une volonté farouche de faire de la musique un acte de résistance collective.
Dub Will Keep Us Together est le portrait d’un homme qui refusait les frontières. En refermant ce chapitre ouvert en 2008, l’auditeur ne retient pas un adieu, mais une invitation : celle de continuer à danser, ensemble, pour que l’amour reste notre seule boussole.

