Avec “Snake Charmer”, Moon Construction Kit brouille les frontières entre fascination et danger, dans une pop à la fois luxuriante et troublante.
Entre influences sixties, textures modernes et écriture clinique, le projet affine un univers singulier en constante mutation.
À l’occasion de cette sortie, il se prête au jeu des 10 Questions et dévoile les coulisses de sa création.
1. « Snake Charmer” explore la dualité entre remède et poison. D’où t’est venue cette idée, et est-ce qu’elle reflète une expérience personnelle ou plutôt une observation du monde ?
C’est un peu l’histoire de tout ce qui nous fait du bien jusqu’à ce que ça nous détruise. Pour moi, c’est en partie une observation du monde moderne : on est tous accros à quelque chose qui nous « charme » sans voir le venin. Mais c’est aussi très personnel : c’est mon côté « optimiste de nature » qui a fini par mal tourner.
2. Tu décris le morceau comme une ambiance de fête foraine nocturne, à la fois belle et inquiétante. Comment as-tu construit cette atmosphère en studio ?
En réalité, c’est plus une question de textures et d’images que de sentiments. Pour construire ce “décor”, j’ai beaucoup utilisé certains sons de piano, le Mellotron et les cuivres. Mais cette ambiance de fête foraine est aussi indissociable de l’artwork, créé par la super talentueuse Julia B. On y retrouve des éléments forains qui font écho à une image qui me hante depuis l’enfance : le film La foire des ténèbres, un des fameux rares Disney pour adultes.
3. Tes influences incluent Elliott Smith, Father John Misty ou encore Jon Brion. Qu’est-ce que tu retiens particulièrement de chacun dans ta manière de composer ?
Elliott Smith, c’est pour la précision chirurgicale de ses harmonies vocales et cette intimité qui vous prend à la gorge. Je suis d’ailleurs très marqué par sa période Figure 8 et sa production très « Beatlesque ». Pour Jon Brion, c’est le génie pur de la production, mais aussi l’élégance de ses mélodies. Quant à Father John Misty, c’est pour son ironie, mais surtout parce qu’il est barbu. C’est quand même l’argument le plus important de cette liste, non ?
4. Le morceau mélange psych-pop des années 60 et textures plus modernes. Comment trouves-tu l’équilibre entre nostalgie et innovation dans ta musique ?
J’ai un pied clairement établi, on peut même dire carrément enfoui, dans la fin des années 60 et le début des années 70, mais l’autre est englué dans mon logiciel de production! J’adore les Beach Boys, les Zombies et les Beatles, mais je n’ai aucune envie ni la capacité de faire de la copie carbone. L’équilibre se fait donc assez naturellement. C’est peut-être justement dans l’univers de la psych-pop actuelle que je trouve le juste milieu. J’aime bien torturer des structures classiques avec des éléments plus modernes, mais c’est un processus instinctif.
5. Tu as enregistré “Snake Charmer” entièrement chez toi. En quoi ce cadre intime influence-t-il ton processus créatif et le résultat final ?
Le gros avantage, c’est la liberté absolue. Je peux me permettre d’enregistrer à 2h du matin sans la pression du chronomètre qui tourne. Par contre, j’ai dû mettre un bémol sur l’enregistrement des voix : j’ai essayé les prises nocturnes, mais c’est définitivement incompatible avec la famille et le voisinage. L’inconvénient aussi de ce tête-à-tête permanent avec moi-même, c’est le manque de recul ; le fait d’avoir trop de temps peut parfois nuire à la spontanéité. C’est d’ailleurs pour ça que pour mon prochain morceau, j’ai décidé de collaborer avec un producteur. J’ai besoin d’oreilles fraîches et d’être un peu challengé pour sortir de mes propres habitudes .
6. Les paroles du morceau sont décrites comme “cliniques”, presque froides, contrastant avec une musique très riche. Pourquoi ce choix de contraste ?
Il y a effectivement énormément de références à l’univers médical dans cette chanson. Pour être tout à fait honnête, je dirais même que c’est un univers « médicamenteux ». C’est le cœur de la thématique remède/poison, et j’ai voulu que cela se ressente jusque sur la pochette du disque. Les paroles sont volontairement directes et froides, comme un constat clinique, mais sans jamais tomber dans le cynisme. Ce qui me passionne, c’est justement ce décalage entre une musique riche, presque luxuriante, et un texte plus chirurgical et sombre. C’est un contraste que j’explore depuis un moment ; il était peut-être même encore plus flagrant sur l’une de mes précédentes chansons, « Dead Man Walking ».
7. Tu évoques une “machine qui part hors de contrôle” à la fin du titre. Est-ce que c’est une métaphore du système, de l’addiction, ou des émotions humaines ?
Sûrement un peu des deux. Mais c’est aussi très lié à mon propre processus de création. J’aime ces moments où l’émotion (ou l’addiction) prend le dessus sur la raison, où tout s’accélère et monte en intensité. Sur l’une de mes prochaines chansons, je suis d’ailleurs en train d’essayer de faire sonner mes guitares comme un train à vapeur qui démarre et s’emballe (j’attends encore de voir le résultat final, ou le déraillement…). D’un point de vue purement musical, j’ai une véritable obsession pour les « outros » assez épiques, là où les instruments se mélangent, se croisent, et où les voix se multiplient. C’est mon péché mignon, voilà, c’est dit
8. Depuis ton premier EP en 2022 jusqu’à aujourd’hui, comment dirais-tu que ton projet Moon Construction Kit a évolué ?
Je suis passé d’un mode « labo secret » (faute de meilleur nom) à quelque chose de beaucoup plus ouvert. Mes années passées à expérimenter (j’ai d’ailleurs publié une compilation de ces démos sur SoundCloud) m’ont vraiment permis d’apprendre et perfectionner les bases de la production. Le premier grand déclic a eu lieu en 2019, quand on m’a demandé de composer la musique pour un spectacle. Se retrouver dans une grande salle avec un millier de personnes qui écoutent vos morceaux… c’était une expérience assez dingue. Et pour être honnête, j’avais surtout envie de disparaître sous mon siège. Depuis la sortie de mon EP en 2022, ce qui a surtout changé, c’est ma volonté de créer mais surtout de publier mes chansons de manière beaucoup plus régulière. Et puis, je commence enfin à me sentir à l’aise derrière un micro, ce qui n’était vraiment pas gagné d’avance.
9. Ton univers navigue entre indie rock, pop alternative, synth-pop et textures cinématographiques. Est-ce que tu vois ton projet comme un terrain d’expérimentation sans limites ?
Oui, c’est exactement le but ! Je ne veux surtout pas être prisonnier d’un genre ou d’une étiquette. Un jour, cela peut être de la synth-pop « froide » et mécanique, et le lendemain un hymne rock épique avec des guitares partout. C’est vraiment ce qui me motive à avancer : ce luxe de pouvoir alterner les styles sans me poser trop de questions. Le nom Moon Construction Kit vient aussi de là : j’assemble mes pièces comme je le sens sur le moment.
10. Après “Chemicals” et maintenant “Snake Charmer”, quelle direction artistique souhaites-tu explorer pour la suite en 2026 ?
Un véritable road-trip musical ! L’idée pour 2026 est de continuer à naviguer entre des morceaux très directs, avec ces harmonies vocales à la « Beach Boys » que j’aime tant, et des titres plus expérimentaux, sombres et cinématographiques. Ma prochaine chanson sera d’ailleurs une petite nouveauté pour moi : elle sera plus acoustique, tout en mettant le paquet sur les arrangements de voix, encore plus que ce que je fais habituellement
