Il est rare qu’un premier disque porte en lui une telle patine, une maturité forgée non pas dans l’immédiateté numérique, mais dans la sueur des pubs et l’incertitude des sessions studio. Originaire d’Hartlepool, le groupe Crescent livre enfin Lamentations, un EP de six titres qui a bien failli ne jamais voir le jour sous cette forme. Né d’un simple projet d’études musicales avant de devenir une entité indomptable, le groupe a d’abord fait ses armes sur le circuit local.
Entre blues psychédélique et indie décalé, leur réputation scénique a grandi si vite qu’ils ouvraient déjà pour The Futureheads à Sunderland avant même d’avoir publié une seule note studio. Pourtant, le passage au disque fut un véritable défi. Enregistré initialement en 2025 avec Mark Folland, l’EP a traversé une crise identitaire, obligeant la bande à une décision radicale : réenregistrer toutes les batteries. L’arrivée de Christian Tunney a injecté l’énergie organique manquante, transformant des sessions laborieuses en une œuvre habitée.
Le résultat est saisissant. De l’ascension en deux temps des singles Milogather Parts 1 & 2 au groove singulier de Sin Again, l’ensemble respire une profondeur sonore rare. Cette chaleur, on la doit au mastering final de Jon Sevink (The Levellers), réalisé sur un équipement vintage à lampes. Ce procédé technique apporte une brillance authentique qui lie les morceaux entre eux.
Entre la balade folk de Water Buffalo et le final percutant Bells Palsy — inspiré d’une épreuve personnelle du leader Caleb Hay — Lamentations s’impose comme un disque de résilience. C’est l’acte de naissance d’un groupe qui a su transformer ses doutes en un rock riche et intemporel. Nous allons vous recommander de prendre quelques minutes de respiration et de plonger dans cette belle surprise ci-dessous :

