Derrière le projet solo Dame Haff se cache Dan Mehaffey, un musicien londonien façonné par les deux côtés de l’Atlantique, notamment après six ans à écumer les scènes de New York comme bassiste. Aujourd’hui, il livre Nostalgia, un premier EP qui brille par son refus de se prendre au sérieux, tout en affichant une maîtrise musicale indéniable. C’est une proposition profondément rafraîchissante.
Multi-instrumentiste, Mehaffey a tout joué lui-même, confiant simplement les baguettes à Tom Marsh, le tout sous l’œil affûté du producteur Oli Deakin. Le résultat ? Une pop artisanale (« DIY ») qui oscille constamment entre précision rigoureuse et joyeux chaos. Sa signature sonore est hautement organique : il compose de douces mélodies acoustiques pour mieux les bousculer ensuite avec des synthétiseurs massifs. Ce n’est pas de la frime, plutôt un habile paravent pour masquer sa pudeur.
Héritier spirituel de conteurs excentriques à la Jonathan Richman, Dame Haff marie l’humour à une mélancolie ironique. Les quatre pistes naviguent à vue : de la tristesse absurde d’une année sabbatique idyllique dans Brazil aux déboires amoureux de Easy Lover, en passant par la crise de maturité de Charlie’s Music. Mais c’est sur Wedding, morceau plus mis à nu et mûri pendant vingt ans, que le disque touche au cœur.
L’esprit de l’EP reste léger, aérien, mais ne vous y trompez pas. Dame Haff possède ce talent rare de vous inviter à rire de tout, avant de vous pousser, l’air de rien, à reconsidérer totalement votre propre existence. Une entrée en matière brillante.

