Dans le paysage indie-rock canadien, Halifax a toujours eu un parfum de sel et de mélancolie. Avec son morceau « Sand in the Hardest Shell », pièce maîtresse de l’EP Cruel Harbour, Velour On Tap – le projet de l’auteur-compositeur I.D. Brimacombe – signe une œuvre d’une rare force organique.
Le titre fusionne l’urgence électrique de la scène underground des années 90 avec l’élégance littéraire de géants comme Leonard Cohen ou John K. Samson. Dès les premières notes, des guitares scintillantes aux accents « jangly » convoquent les fantômes de Big Star, du premier R.E.M. ou de Guided by Voices. Cette texture vibrante dessine le décor d’une nostalgie brumeuse, coincée entre la claustrophobie des terres et les débris accumulés sur le littoral.
Mais c’est dans sa poésie que le morceau prend sa dimension physique. Brimacombe tisse une vignette surréaliste faite de mémoire et de rugosité. On y croise la lumière du soleil éclaboussant un mur, un cœur de métal et la face B de l’album Bleach de Nirvana. C’est l’évocation d’un temps qui glisse, capturée avec une acuité brute.
« Sand in the Hardest Shell » réussit ce tour de force d’être intime et universel. C’est, pour reprendre les mots du musicien, l’équivalent d’une anthologie de poésie salée oubliée sur la table en bois d’un bar de marins au port. Une chronique côtière essentielle, vibrante d’humanité, qui s’écoute comme on regarde la mer monter, les pieds ancrés dans le sable et l’esprit totalement perdu.

