Il y a des morceaux qui arrivent comme des retrouvailles. « Podjab » est de ceux-là. Deuxième extrait du prochain album de Gayance, « roaming », attendu le 9 octobre chez Tru Thoughts, ce titre marque un tournant assumé dans la trajectoire de la DJ et productrice montréalaise, aujourd’hui installée à Lisbonne.
Après « hellooooo???? », sorti en mai, « Podjab » change de registre. On y retrouve la voix du Montréalais Waahli, ainsi que la patte du DJ néerlandais Jarreau Vandal, dont la production façonne un funk souple, presque élastique, qui laisse respirer chaque groove sans jamais perdre en tension. Le duo fonctionne à merveille : la chaleur vocale de Waahli épouse les textures rythmiques ciselées par Vandal, dans un équilibre qui semble naturel plutôt que calculé.
Mais « Podjab » est surtout une déclaration. Gayance y convoque l’héritage de la musique rasin haïtienne, citant des figures comme Martha Jean-Claude, Toto Bissainthe ou le groupe RAM, artistes qui ont fait du rock, du jazz et des rythmes traditionnels des armes de dignité et de liberté. Pour une artiste dont la famille a fui la dictature des Duvalier en 1973, ce geste dépasse la simple référence esthétique. Elle-même décrit ce morceau comme « un retour aux sources et un pont historique », un clin d’œil à des figures comme Boukman Eksperyans ou Manno Charlemagne, proche de sa mère.
Le résultat est un titre qui danse autant qu’il témoigne — une pièce qui promet beaucoup pour la suite de « roaming ».

