Certaines chansons ressemblent à une carte de visite. « Grasshopper » en est une pour The Tide Bends, groupe originaire du New Jersey installé sur le label Mint 400 Records, basé à Asbury Park — ville qui n’est pas un détail anodin tant l’ombre de Springsteen plane sur cette formation.
Extrait de leur EP Say Yeah, le titre condense tout ce qui fait la singularité du groupe : une écriture rock américaine, ancrée dans la tradition du heartland rock, mais irriguée par une sensibilité résolument britannique. On pense à The War on Drugs pour cette pulsation motorik qui ne relâche jamais sa tension, et à Sam Fender pour ce sens du refrain qui prend son temps avant d’exploser en pleine lumière. Les guitares s’étalent, larges, presque cinématographiques, sans jamais sacrifier l’efficacité pop du morceau.
Deux ans après sa sortie, « Grasshopper » reste le titre le plus écouté du groupe, et sa courbe d’écoute continue de grimper — signe d’une chanson qui se transmet, qui fidélise plutôt qu’elle ne s’épuise.
Ce qui rend le morceau plus intéressant encore, c’est sa position charnière. The Tide Bends prépare un nouvel EP pour la fin de l’année, annoncé plus dansant, plus électrique, avec une inclination assumée vers le son Madchester. Dans cette perspective, « Grasshopper » n’est plus seulement un single fédérateur : il devient le pont entre les racines rock du groupe et la direction dance-rock qu’il s’apprête à emprunter.
Une sauterelle, donc, mais qui regarde déjà loin devant elle.

