Sous l’impulsion de Simon Glancy, le projet Jetlag revient sur le devant de la scène avec « Wicked Tongue », un single qui marque un tournant radical dans sa trajectoire artistique. Fini les arrangements cuivrés du passé : place ici à une urgence électrique sculptée par des guitares fuzz et des riffs redoutables et particulièrement accrocheurs.
Le groupe qualifie lui-même cette nouvelle esthétique de « Desert Glam Disco », une formule aussi intrigante qu’exacte. Musicalement, le morceau se nourrit d’une double influence audacieuse. D’un côté, la lourdeur tellurique et abrasive chère aux Queens of the Stone Age ; de l’autre, le port de tête irrésistible et le groove disco d’ABBA. Cette jonction inattendue insuffle à la composition une dynamique de flashback permanent.
Les couplets, tendus et profondément introspectifs, distillent une paranoïa intime avant d’exploser littéralement dans des refrains taillés pour le dancefloor. Comme nous, vous serez embarqués dès les premières mesures dans cette parenthèse musicale de qualité, délicatement concoctée.
En embrassant pleinement la fameuse philosophie de Josh Homme — l’idée qu’une bonne chanson doit être « assez lourde pour les garçons et assez douce pour les filles » —, Jetlag réussit un véritable tour de force formel. Le morceau traduit habilement le chaos post-rupture, les regrets et les doutes nocturnes avec une lucidité féroce, sans jamais perdre de vue le plaisir hédoniste du mouvement. « Wicked Tongue » prouve ainsi avec brio que l’on peut décortiquer ses propres failles émotionnelles tout en faisant vibrer les corps, confirmant la signature unique d’une formation qui sait allier catharsis et efficacité pure dans un même élan artistique.

