Il aura fallu une décennie de silence, une pandémie mondiale, l’éloignement géographique et une disparition temporaire des radars pour que This Monologue Conversation, le troisième album du trio britannique I Plead Irony, voie enfin le jour. Dix ans de gestation pour un disque qui a bien failli rester un secret de studio, mais dont l’urgence des compositions interdisait l’oubli.
Porté par Rauf Jordan (basse et chant), Paul McDonald (guitare) et Lawrence Arnold (batterie), trois amis de longue date qui triturent le son ensemble depuis 2004, le groupe fonctionne à l’instinct pur. Les idées sont jetées dans l’arène, disséquées, étirées en jams sauvages puis reconstruites. Le résultat est une musique organique, un rock alternatif rugueux qui flirte sans complexe avec les franges nerveuses du punk et la mélancolie moite du blues.
Fidèle à une obsession pour la contradiction — déjà flagrante dans leurs précédents opus This Statement Is False et The Solution Is The Problem —, ce nouvel opus de onze titres explore les failles de notre condition. De l’aliénation du conformisme saisie par l’énergique “Inside the Lines”, à la peur de l’autodestruction hurlée sur la fresque “Death By Internal Combustion”, le trio dissèque la frontière fragile entre le progrès et la régression sociétale.
Loin de donner des leçons, I Plead Irony manie un humour grinçant et une lucidité rare, pointant du doigt ses propres paradoxes jusqu’au salut final porté par “Falling Upwards”. Un monologue à trois voix, lourd, abrasif et profondément humain, qui prouve que le grand rock se nourrit d’imperfections et de temps long.
Nous allons vous recommander de plonger sans plus tarder dans cette belle pause musicale, ce moment de musique rare qui s’installe comme la bande originale de la rentrée.

