Avec son tout premier album And Again, le projet indépendant Hazey Grace, mené de front par le musicien Lopes, signe un début magistral. Ce disque de dix titres incarne une croissance artistique spectaculaire, forgée au prix d’une introspection sans concession et d’une détermination créative sans faille.
Il aura fallu deux ans de labeur intense pour sculpter cette œuvre cohérente. Une longue période tumultueuse, oscillant entre moments de pure joie, larmes de frustration et doutes existentiels profonds. La révélation est survenue tardivement : en écoutant l’album finalisé dans l’habitacle de sa voiture, Lopes a enfin mesuré le chemin parcouru, s’exclamant dans un élan libérateur : « Putain, je l’ai fait ». Chaque chanson possède ici une fonction précise, naviguant avec brio entre expériences intimes et imagination débordante.
Parmi les pièces maîtresses, Bleak Mirror s’attaque avec cynisme aux dérives toxiques du monde virtuel et à l’anxiété moderne, tandis que la minimaliste Of No Interest captive dès les premières notes. Mais c’est avec le poignant Valentine Score que l’album touche au cœur. Écrit alors qu’il fréquentait sa désormais fiancée et planifiait sa demande en mariage, ce morceau capture avec une justesse bouleversante l’émotion brute d’un instant charnière.
Au-delà de la simple réussite technique, And Again s’impose comme une véritable trajectoire transformationnelle. En mariant guitares texturées et voix hypnotiques, Lopes a franchi des étapes qu’il croyait autrefois inatteignables. Ce disque n’est pas seulement un jalon musical majeur dans le paysage indépendant actuel, c’est le témoignage organique d’un artiste qui a su repousser ses propres limites pour donner vie à l’extraordinaire.

