Quand la fin du monde s’annonce, elle ne fait pas toujours de bruit. Parfois, elle s’insinue en douceur sous la forme d’un beat lourd et distordu. Avec cet EP, le producteur Innocent Darkness signe une œuvre viscérale, véritable descente aux enfers conceptuelle. Enregistré entièrement à la maison, ce premier opus éponyme explore un scénario dystopique terrifiant : une guerre mycologique mondiale où une infection de spores condamne l’humanité à une rave Witch House perpétuelle. Son créateur le décrit lui-même comme « la bande-son de la lente et rythmique reddition d’une civilisation ».
L’authenticité de ce projet réside dans sa conception brute. Forgé dans les tranchées de la synthèse matérielle, sans le moindre recours à l’intelligence artificielle, l’EP prouve qu’une vision artistique pure n’a besoin ni de gloire ni de fortune pour éclater. Armé de sa Roland MC-707 et du synthétiseur Vital, l’artiste insuffle une texture organique et poisseuse à ses machines.
La pièce maîtresse du disque, The Mycelial Call, incarne à merveille cette prouesse en transformant une horreur abstraite en une réalité pulsante et irrésistible. On ressent à chaque mesure le plaisir presque enfantin — « qu’est-ce que c’était amusant à faire ! » s’enthousiasme le musicien — mêlé à une rigueur sonore implacable. Il faut également signaler Spores of War – Drone Wave qui clos le projet. Une production aérienne et minimaliste, une tension sonore qui vous capte dès les premières mesures, l’artiste vous embarque dans un univers drone qui vous donnera envie de plonger encore plus en profondeur dans son catalogue musical.
Au fil des treize minutes de cette contamination sonore très intense, la musique électronique ne divertit plus : elle devient un acte de survie et de transformation mutante. Cet EP s’impose comme une invitation irrésistible à capituler face au rythme lourd, à inhaler ces spores et à danser jusqu’à la fin.

