Né du désir de mettre en valeur des instruments artisanaux, le projet Baldy Crawlers s’est rapidement métamorphosé en un collectif musical vibrant et éclectique. Entre influences folk, jazz latin et funk, le groupe s’apprête à sortir l’album narratif « Fais Toi Plaisir ». Rencontre avec son fondateur pour aborder la genèse du groupe, la fabrication de ses guitares et l’alchimie de leurs sessions en studio.
1. À l’origine, Baldy Crawlers avait pour but de présenter les instruments faits main que vous fabriquez. Comment le projet a-t-il dépassé cet objectif initial pour devenir un véritable collectif musical ?
Et bien d’abord, merci beaucoup de me recevoir, Marie ! Ça s’est fait de façon très naturelle. J’avais enregistré quelques vidéos en faisant des sessions d’improvisation avec un couple d’amis, puis des idées de chansons datant d’il y a des années ont commencé à faire leur réapparition. À l’époque, j’étais dans une période très caraïbéenne/ska/funk. J’ai grandi à Claremont, d’où vient David Lindley, et j’étais un grand fan d’El Rayo Ex. J’ai donc parlé à quelques amis qui connaissaient des cuivres, et c’est par leur intermédiaire que j’ai rencontré Jonathan Montes (piano). Ensuite, la musique est revenue à ses racines folk avec une foule de nouvelles compositions que j’écrivais, mais j’avais autour de moi ces musiciens de jazz latin et de funk… et d’une manière ou d’une autre, c’est devenu un délicieux gumbo musical.
2. En tant que luthier et diplômé de Berklee, en quoi le fait de jouer sur des guitares que vous avez fabriquées vous-même sous la marque Maudal Musical Machines façonne-t-il le son et le caractère exacts du groupe ?
Des instruments différents ont tendance à se prêter à des ambiances et des styles différents. Mais tout comme beaucoup de nos musiciens, ces guitares peuvent s’exprimer bien au-delà de ce que l’on pourrait considérer comme habituel pour elles. Ma philosophie est que je ne veux pas nécessairement que les guitares soient au centre du son. Parfois c’est le cas, bien sûr, mais je veux que les arrangements reflètent ce que la chanson demande, plutôt que d’être une simple vitrine pour les guitares.
3. Vous écrivez et enregistrez au pied du mont Baldy, dans les montagnes de San Gabriel. Comment cet air de montagne et ce paysage particulier s’infiltrent-ils dans votre musique et vos récits ?
J’ai grandi à Claremont, en Californie, à l’ombre du mont Baldy. C’est un endroit très spécial avec une longue histoire d’inspiration musicale… qui remonte au The Folk Music Center et à la musique folk des années 60 : Joan Baez, The Kingston Trio, Clabe Hangan (le père d’Elizabeth Hangan), We Five. Plus récemment David Lindley, puis Ben Harper. J’aime la montagne, évidemment, mais je dirais que ce sont les gens et la tradition qui inspirent la musique plus que tout le reste.
4. Votre son fait le pont entre Folk, Americana, musique latine et Jazz avec des musiciens comme Ross Schodek du Poncho Sanchez Latin Jazz Band et le pianiste Jonathan Montes. Comment fusionnez-vous ces parcours musicaux si distincts en un groove cohérent ?
Il faut d’abord des musiciens aventureux et prêts à sortir de leur zone de confort. Et le folk lui-même a des racines dans toutes les cultures, il s’agit donc simplement de le laisser s’exprimer là où ils vivent.
5. Votre prochain album, « Fais Toi Plaisir », est structuré comme un arc narratif en trois chapitres. Quel est le récit global que vous racontez à travers cet album ?
La musique est merveilleuse parce qu’elle peut raconter des histoires sans être contrainte par une structure narrative comme peut l’être la littérature. Si l’on imagine l’histoire d’une personne qui quitte un lieu de conflit et de haine — comme dans la chanson Hatred? (1er chapitre) — et qui arrive sur une terre où elle est suffisamment libre pour remarquer la beauté du monde et la célébrer, vous aurez au moins une idée de l’histoire que nous voulons raconter.
6. Après le premier morceau « Hatred? », comment avez-vous abordé la transition vers le deuxième chapitre, pour amener l’auditeur dans un espace émotionnel beaucoup plus ouvert et surprenant ?
L’un des moments dont je suis le plus fier est la façon dont Hatred? se termine, par une si douce résolution qui glisse vers une guitare acoustique jouée délicatement aux doigts. Le morceau ne se termine pas sur une note triste ; l’instant d’après, comme cela doit être entendu, les premiers accords ravissants d’une célébration commencent… tout aussi doux, tout aussi sincères. Cette transition raconte sa propre histoire dans l’espace d’un souffle.
7. Sur « Waterfall Laughter / La Tierra Ríe en Cascadas », le chant passe naturellement de l’anglais à l’espagnol. Comment cette évolution bilingue s’est-elle produite lors de votre collaboration avec Norrell Thompson ?
C’était un moment formidable en studio, parce que ce n’était pas planifié du tout.
8. Ce morceau fonctionne à la fois comme une chanson d’amour personnelle et comme une ode à la Terre, convergeant vers la phrase « she makes me better than I am » (elle me rend meilleur que je ne suis). Comment avez-vous équilibré ces deux sens lors du processus d’écriture ?
Parfois, les paroles me viennent très rapidement et j’évoquais l’amour de la Terre dans le contexte d’une relation amoureuse. Je n’ai vraiment vu les autres interprétations possibles qu’après coup. Mais une chose essentielle : il ne faut jamais dire à quelqu’un ce qu’il doit ou ne doit pas entendre dans une chanson !
9. La chanson passe d’un groove folk latin posé à un sommet carrément dansant. Comment la formation a-t-elle construit cette montée rythmique et émotionnelle en studio, notamment en associant la pedal steel de Marc Weller et les percussions ?
Marc est l’exemple parfait de ce que je disais plus tôt sur le fait de sortir de sa zone de confort. Voilà un morceau latin avec… de la pedal steel guitar ?! C’est fou, mais il a réussi à faire fonctionner ça à merveille. Quant à la façon dont la chanson monte en puissance : quand vous avez de grands musiciens, laissez-les jouer ! La section rythmique a été enregistrée principalement en direct et je dois dire que c’est l’une des sessions les plus joyeuses qu’il m’ait été donné de vivre.
10. Entre l’imagerie vive des chemins de lucioles et la critique sociale filée à travers votre travail, qu’espérez-vous que les auditeurs retiennent en découvrant cet album ?
« Loving her takes me away » (L’aimer m’emporte ailleurs). J’espère que cela les transportera. J’espère que cela les incitera à s’arrêter de temps en temps et juste… respirer.
