Le temps a ceci de fascinant qu’il finit toujours par donner raison aux chansons. À 21 ans, armée de six accords et d’un vieil ordinateur IBM, Sindhuja Sankaran composait une démo brute. Vingt ans plus tard, sous son pseudonyme Tarita, cette psychologue sociale et politique basée à Chennai livre enfin au monde son quatrième single solo : The Death of Peter Pan.
Écrit en 2007 sur des paroles de son ami Rohan Tharyan, le morceau a traversé deux décennies de silence. Ce délai, Tarita en plaisante elle-même : pour un titre traitant de la fuite du temps, l’attente relève soit du coup de génie thématique, soit d’une gestion administrative ratée.
Pourtant, cette maturation tardive apporte une profondeur organique inestimable à l’œuvre. Musicalement ressuscitée grâce aux guitares et chœurs de Sanjai Shine, puis sublimée par le mixage de Mervin Thomas, la chanson conserve son cœur émotionnel intact. Les mélodies sont belles et délicates, les lignes de chant aériennes, l’artiste nous plonge dans un univers folk qui nous rappelle avec nostalgie les journées oisives d’été. La chanson capture avec une mélancolie désarmante ce moment de collision silencieuse entre l’enfant nourri de dragons ou de sirènes et l’adulte happé par le quotidien, les boulots, les responsabilités et les alliances de mariage.
Tarita ne signe pas une ode à la réussite de l’âge adulte, mais plutôt une chronique de son acceptation bancale. Naviguant entre la rigueur de la chercheuse et la sensibilité de la compositrice, elle transforme ses obsessions intimes en une mélodie universelle. Une pop introspective, hantée par l’ombre de Radiohead, qui résonne comme un adieu nécessaire mais déchirant à notre propre Peter Pan. Une merveille intemporelle et captivante.

