Six mois de gestation cloîtrée ont suffi à Seamus O’Dwyer, l’esprit londonien derrière le projet solo Phraen, pour accoucher d’un successeur fascinant à son premier opus, It’s Routine. After s’impose comme une œuvre affranchie, naviguant avec audace à la lisière du dream pop, du shoegaze et du rock alternatif.
Enregistré à la maison sur Ableton, ce disque intimiste refuse toutes les structures prévisibles. O’Dwyer y façonne une tapisserie sonore hautement texturée, triturant ses amplificateurs et ses pédales d’effets pour arracher des résonances infinies, presque spectrales. C’est là que réside la force organique d’After : les morceaux ne suivent aucun plan stylistique rigide. Ils avancent, libres, guidés par l’expérimentation et enrichis par de talentueux musiciens additionnels recrutés à distance, venus injecter une très belle profondeur instrumentale.
L’album s’écoute comme un instantané intime explorant brillamment l’anxiété et le doute à travers des perspectives changeantes. Au cœur de cette errance sensorielle, deux pièces se détachent particulièrement. L’orchestral « Deer » marie guitares saturées et cordes dans un élan cinématographique saisissant. À l’opposé, la surprenante « Time to Panic » prend des chemins de traverse pour expirer dans une coda aux accents de western-spaghetti totalement inattendue.
Phraen ne cherche pas à plaire ni à lisser son propos. En laissant habilement ses compositions dicter leur propre trajectoire unique, l’artiste britannique livre un recueil mouvant, une errance hypnotique qui s’approprie nos propres mélancolies. After n’est pas simplement un superbe album de producteur, c’est un laboratoire d’émotions brutes à ciel ouvert.

