Certains morceaux agissent comme des déclics, des instantanés de lucidité nés au milieu de la nuit, un verre à la main. C’est précisément cette énergie brute et salvatrice que la productrice chilienne installée à Dublin, Vaticanjail, capture dans son dernier single, « DVSL » (pour Double Vodka Soda Lime). Éclaireur de son nouvel EP this could have been a text, le titre s’impose comme un manifeste d’émancipation electro-pop à l’efficacité redoutable.
Musicalement, Vaticanjail joue sur les contrastes avec une maturité désarmante. Le morceau s’articule autour d’une production stutter house organique, où des basses lourdes et telluriques viennent percuter des nappes de synthétiseurs éthérées et des notes de piano d’une grande douceur. Sur cette architecture sonore hybride, sa voix, céleste et texturée, glisse avec fluidité de l’anglais à l’espagnol, rappelant ses racines tout en affirmant sa place sur la scène alternative européenne.
Mais la véritable force de « DVSL » réside dans son écriture. Teinté d’une ironie mordante, le texte égratigne les anciennes romances toxiques où l’artiste se faisait reprocher d’être « trop ». Plutôt que de s’excuser d’exister, Vaticanjail choisit la célébration. Entourée de ses amies proches — à qui elle glisse de tendres clins d’œil —, elle transforme l’autoréflexion en une fête libératrice.
« DVSL » ne se contente pas de faire danser ; le morceau panse les plaies avec une rythmique implacable. C’est la bande-son parfaite d’une reconstruction personnelle, le cri du cœur d’une artiste qui refuse désormais de s’effacer pour rentrer dans les cases. Une réussite totale.

