Le brillant musicien et producteur mexicain Oscar, originaire de Mérida, a sorti son premier opus conceptuel intitulé « antidepresivos ». Conçu dans une démarche d’une honnêteté presque inconfortable, cet album s’impose d’emblée comme une œuvre thérapeutique majeure. L’artiste multidisciplinaire y explore avec une grande justesse les vertiges existentiels de la transition complexe entre la vingtaine et la trentaine, abordant le temps, la mort et le sens profond de la vie.
Sur le plan musical, la guitare, le violon, la basse, le piano et le requinto fusionnent magnifiquement avec des textures de synthétiseurs futuristes inspirées de Death Stranding 2. Ses influences assumées naviguent avec fluidité de la poésie de Spinetta à l’intensité théâtrale de My Chemical Romance ou du J-rock. Si la majorité des pièces est née d’expérimentations solitaires, les rythmiques puissantes de l’introduction et du manifeste ont été captées au studio if6was9 par l’ingénieur Frédéric Hatchondo.
Les pépites ne manquent pas au fil de cette écoute, à commencer par une introduction de cinq minutes particulièrement originale. Construite sur des sonorités drone qui montent progressivement en pression, elle débouche sur une rythmique éphémère qui s’évanouit pour mieux ressurgir, enveloppée de voix mystérieuses. Ce prélude bascule dans un univers psychédélique saisissant qui pose magistralement le ton de l’album. Les sections y sont nettement distinctes, naviguent entre un solo de guitare électrique incisif et du spoken word, rendant la pièce profondément impressionnante.
Vient ensuite la chanson éponyme, « antidepresivos », qui se place dans la droite lignée de cette réussite créative. Ici, le voyage sonore s’articule autour de couplets résolument rap, portés par une instrumentation toujours aussi ingénieuse. Enfin, le morceau « siento » se distingue par une atmosphère plus posée et intimiste, tout en continuant de sublimer le flow unique et l’inventivité constante de l’artiste.
Le résultat final bâtit un paysage sonore apocalyptique, à la fois intime et grandiose. Oscar livre une catharsis viscérale face à la lourdeur et la bizarrerie du monde, brillamment résumée par cette ultime confession : « Ma vie est une fresque que je peins avec mon sang ». Un album dense, résolument brut, indispensable pour tous ceux qui se sentent parfois perdus.

