Habituée de l’ombre des grands noms comme Julia Holter ou Feist, l’altiste et compositrice américaine Dina Maccabee franchit un cap décisif. Avec son nouvel album LMNO, sorti chez Protomaterial Records, elle s’installe brillamment au premier plan pour livrer des chansons entièrement siennes.
Né de mémos vocaux enregistrés dans l’isolement d’un Berlin confiné, ce disque de huit titres capture une profonde quête de repères. Le morceau pop-punk Spell It Out réclame avec une malice enfantine une clarté immédiate : « Hit me with the LMNO ! ». Pourtant, cette illusion de certitude s’effondre face au reste de l’album. En contrepoint, la délicate ballade You Listening agit comme un pivot central apaisé, suggérant que la vérité se co-crée dans l’observation silencieuse plutôt que dans les mots. Plus loin, le titre A Cat Dream plonge l’auditeur dans une confusion psychédélique fascinante, illustrant le lâcher-prise total de l’artiste.
La véritable rupture de cet opus réside dans son instrumentation. Rompue à la rigueur de l’alto, Maccabee a délaissé sa zone de confort pour s’emparer d’une guitare aux sonorités volontairement singulières. Pour apprivoiser ce nouvel outil, elle a bravé sa peur dans les scènes ouvertes du club berlinois Madame Claude, acceptant l’échec public comme moteur de création.
Sublimé par le producteur Ron Shalom, l’album balance entre pop baroque et bossa nova. En abandonnant le contrôle rigide pour laisser place à la vulnérabilité, Dina Maccabee signe une œuvre organique et intime. Elle transforme ses doutes en un puissant vecteur de connexion humaine. Une magnifique leçon de lâcher-prise musical.

