Issu de retrouvailles instinctives entre amis d’enfance, le duo Full Gain façonne un son puissant et sans frontières, au croisement du rock alternatif et de l’électronique. Entre l’impact physique d’un ampli poussé à l’extrême et l’expérimentation libre dans leur studio auto-construit, Mathieu et Romain fusionnent machines vintage et guitares organiques. Dans cet entretien, ils reviennent sur leur processus de création hybride, leurs influences diverses et la quête d’indépendance qui anime leurs morceaux.
1. Vous vous êtes rencontrés au collège et avez suivi des parcours séparés avant de vous retrouver. Qu’est-ce qui a été le véritable déclencheur de ces retrouvailles et de la création de Full Gain ?
Mathieu : On n’a jamais vraiment arrêté de faire de la musique ensemble. Mais à un moment, on a ressenti le besoin de revenir à quelque chose de plus instinctif, plus brut. Un retour aux machines, aux vrais sons, et surtout à un côté beaucoup plus organique de la musique.
Romain : De notre côté, on avait laissé les morceaux mûrir sans forcément chercher à les sortir tout de suite. Puis on a senti qu’ils avaient trouvé leur identité et que c’était le bon moment pour arrêter de les garder pour nous et les faire entendre.
2. L’origine de votre nom vient d’une répétition dans une cave de 20 m² où un ampli Mesa/Boogie a été poussé à « Full Gain ». Comment cette passion brute pour le son fort et puissant continue-t-elle de guider votre musique aujourd’hui ?
Romain : C’est toujours très présent. Quand on cherche un son ou qu’on compose, on cherche avant tout l’impact. Ça peut venir d’un riff très frontal, d’une basse énorme ou des drums de la MPC, qui ont naturellement ce côté incisif. On aime quand un morceau garde une dimension physique, quand le son ne fait pas que s’écouter mais qu’il se ressent.
3. Votre musique mêle l’intensité de Muse, l’éclectisme de Faith No More, les mélodies d’Incubus et la touche industrielle de Nine Inch Nails. Comment équilibrez-vous ces références pour créer votre propre identité ?
Matt : En réalité, on ne cherche pas vraiment à les équilibrer. La plupart du temps, je construis une première base et je l’envoie à Romain sans lui donner de direction particulière. Il arrive avec sa guitare, sa voix et son propre univers, et le morceau prend une autre dimension. Il n’y a pas de recette ni de réflexion théorique derrière tout ça. Notre identité vient justement de cette confrontation entre nos deux univers. On travaille beaucoup à l’instinct.
4. Matt использует la mythique MPC60 et des synthétiseurs, tandis que Romain apporte la guitare et le chant. Comment s’articule la composition entre l’approche électronique/rythmique et l’écriture rock ?
Romain : C’est justement là que ça devient intéressant. Matt apporte souvent une structure très rythmique, presque mécanique, et moi je réagis dessus avec la guitare et la voix. Je ne cherche pas forcément à transformer la base en morceau rock. Au contraire, j’essaie de trouver l’espace où les deux univers peuvent cohabiter. Le contraste entre la précision des machines et quelque chose de plus organique dans la guitare et le chant fait vraiment partie du son de Full Gain.
5. Vous enregistrez dans votre studio auto-construit dans l’Est de la France, combinant du matériel analogique vintage et de la production numérique moderne. En quoi cet environnement technique vous offre-t-il la liberté créative que vous recherchez ?
Matt : Le principal avantage, c’est qu’on n’a aucune contrainte. On peut passer trois heures sur un son, brancher une vieille machine simplement pour voir ce qu’elle apporte, enregistrer quelque chose puis complètement le détruire derrière. On utilise l’analogique et le numérique sans opposition entre les deux. Ce qui nous intéresse, c’est le résultat. Le studio est devenu un instrument à part entière et surtout un endroit où l’on peut expérimenter sans avoir à regarder l’heure.
6. Votre studio est situé au carrefour des cultures française, allemande et suisse. Pensez-vous que cette position géographique influence directement votre vision artistique ?
Romain : Probablement, mais pas de manière consciente. On évolue dans un environnement où plusieurs cultures se croisent en permanence et ça pousse naturally à ne pas vouloir rentrer dans une seule case. On peut aimer la puissance du rock, la rigueur de l’électronique et une approche plus mélodique sans avoir à choisir entre les trois. Finalement, cet environnement ressemble assez bien à notre musique : plusieurs influences, mais aucune frontière très nette.
7. Vos chansons abordent l’indépendance, la liberté, la résilience et la transformation personnelle. Pourquoi ces thèmes vous tiennent-ils autant à cœur ?
Romain : Parce que ce sont des choses que tout le monde traverse à un moment ou à un autre. Nos morceaux parlent souvent de ce moment où quelque chose bascule : une décision à prendre, une rupture, l’envie d’avancer ou simplement de reprendre le contrôle. On ne cherche pas forcément à raconter une histoire de manière littérale. Ce qui nous intéresse, c’est de capturer une émotion suffisamment forte pour que chacun puisse y projeter sa propre expérience.
8. Le morceau « Drive » utilise la métaphore de la route pour exprimer un désir d’indépendance et d’autodétermination. Quelle a été l’inspiration principale derrière l’écriture de ce titre ?
Romain : « Drive », c’est vraiment l’idée de reprendre le volant, au sens propre comme au figuré. Il y a ce moment où tu réalises que tu ne peux pas toujours attendre que les choses changent autour de toi. Il faut parfois choisir une direction et avancer, même sans savoir exactement où elle va mener. La route s’est imposée naturellement comme image, parce qu’elle représente à la fois le mouvement, la liberté et cette part d’inconnu qu’il faut accepter pour avancer.
9. « Drop Dead » retrace le cheminement entre la rupture, le regret, puis la guérison et le renouveau. Comment avez-vous retranscrit cette évolution émotionnelle dans vos arrangements ?
Matt : On voulait que cette évolution soit ressentie dans la musique, pas seulement racontée par les paroles. Le morceau évolue avec l’état d’esprit du personnage : il y a d’abord quelque chose de plus sombre, plus tendu, presque enfermé, puis progressivement l’arrangement respire davantage et gagne en énergie. L’idée n’était pas de passer brutalement de la tristesse à quelque chose de positif, mais de faire sentir la transformation.
Romain : Et surtout, on voulait éviter une fin trop parfaite. La guérison, ce n’est pas effacer ce qui s’est passé, c’est arriver à avancer avec. C’est cette sensation qu’on voulait laisser à la fin du morceau : quelque chose a changé, les traces sont toujours là, mais elles ne t’empêchent plus d’avancer.
