Depuis les collines du Sud‑Ouest français jusqu’aux rues grises de Berlin, Aliénore a façonné, avec Mirage, un écrin sonore à la fois spectral et puissant. Cet EP, à la croisée des mondes — mystique, intime, engagé — s’impose comme un manifeste intérieur où le dualisme, la force féminine et l’introspection se répondent.
Dès « Solace, an Incantation », le décor s’installe : voix feutrée, nappes atmosphériques, cloches lointaines — un murmure incantatoire qui vous tire hors du temps. Puis surgit « Lilith », pièce maîtresse de l’EP : voix soprano séraphique mais déterminée, comme dans un rêve, les lignes de chant se voilent d’une légèreté angéliques , — comme un cri de rébellion contre les chaînes invisibles. Le clip, tourné à Berlin par une équipe FLINTA*, ajoute une dimension visuelle radicale, revendiquant sororité et puissance retrouvée.
Avec « Chimaera », Aliénore joue sur les contrastes : rythmiques électroniques ombrageuses, mélodies éthérées — l’équilibre instable entre terre et songe. À l’inverse, « In the Mirror’s Surface » qui vient juste avant adopte le costume d’une ballade fragile, presque confessionnelle, piano discret, chuchotements, reflet intérieur — une plongée douce dans la vulnérabilité. Enfin, « Mirage », la pièce éponyme, referme le cycle dans une brume céleste : voix filtrée, réverbérations irisées — un au‑delà onirique, suspendu.
Ce qui charme dans Mirage, c’est cette capacité à mêler classicisme — la voix formée au chœur — et avant‑garde, à tisser un pont entre l’ancien et le modernisme berlinois. Le contraste entre lumière et ombre, espoir et mélancolie, donne à l’EP une profondeur rare, comme un rituel intime transposé en musique.
Mirage n’est pas qu’un simple recueil de chansons : c’est une expérience immersive, un appel à la transformation, une ode énigmatique au féminin sacré et à l’âme multiple. À écouter sans retenue — et à méditer longtemps après les dernières notes.

