Avec “The Coalition”, Allan Jamisen signe une chronique musicale dense et sans concession, où l’esthétique sonore sert un propos politique frontal. Compositeur, peintre et figure outsider de l’enregistrement, l’artiste livre ici l’un de ses titres les plus aboutis, à la fois sur le plan conceptuel et émotionnel.
Dès les premières secondes, le morceau installe une atmosphère lourde, presque cinématographique. Un refrain lancinant — « It’s better than before » — flotte sur des nappes de synthés fantomatiques et une rythmique trip-hop rigoureusement contenue. Progressivement, les percussions s’épaississent, flirtant avec une texture industrielle, pendant que la voix de Jamisen, élégante et nocturne, impose une tension constante. Les mots claquent comme des constats lucides, notamment lorsqu’il évoque une coalition qui se nourrit de sa propre volonté.
La richesse sonore du titre tient aussi à ses accents jazz discrets mais déterminants. Des cuivres sombres, des bois sinueux, presque rampants, viennent troubler l’équilibre et donner à l’ensemble une profondeur dramatique. Cette construction en clair-obscur confère au morceau une dynamique hypnotique, idéale pour une écoute attentive, tardive, presque introspective.
Sur le fond, “The Coalition” s’attaque aux liens étroits entre pouvoir politique, force militaire et intérêts économiques. Allan Jamisen y questionne la fabrication du discours dominant, celui qui justifie et vend les conflits sous couvert de liberté et de démocratie. Le refrain prend alors une dimension glaçante, rappelant la logique des discours répétés jusqu’à banaliser la violence.
Enregistré dans un cadre expérimental à Phoenix, à partir de sources sonores brutes et d’une approche volontairement lo-fi, le titre revendique une identité “industrial soul” assumée. Avec “The Coalition”, Allan Jamisen confirme sa capacité à transformer la musique en espace de réflexion, sans jamais sacrifier l’intensité artistique.

