Avec “Automatic Traumatic”, Errol Eats Everything remet au premier plan un rap frontal, ancré dans l’urgence du réel. Déjà présent sur son album éponyme, le morceau trouve aujourd’hui une résonance particulière, alors que les tensions sociales et les revendications de justice continuent de traverser l’espace public. Ici, pas de posture ni de détour poétique inutile : l’artiste choisit la clarté, presque la confrontation, pour rappeler que certaines réalités exigent d’être nommées.
La production signée Furious Evans installe un climat lourd et oppressant, porté par une rythmique qui avance sans relâche. Cette base instrumentale tendue laisse toute la place à une interprétation vocale directe, parfois abrasive, où chaque phrase semble pesée par l’expérience et la colère contenue. Le morceau progresse comme une marche déterminée, refusant toute complaisance sonore ou émotionnelle.
Sur le fond, “Automatic Traumatic” s’inscrit dans la lignée du hip-hop de combat, celui qui documente la violence, les pertes humaines et l’épuisement des communautés confrontées à l’injustice. Errol Eats Everything transforme la frustration et le deuil en parole politique, sans jamais édulcorer son propos. Le slogan implicite No justice, no peace plane sur le titre comme une évidence, plus que comme un mot d’ordre.
Pensé pour les moments où le silence devient une forme de renoncement, le morceau dépasse le simple cadre musical. “Automatic Traumatic” agit comme une prise de position assumée, rappelant le rôle historique du rap comme outil de mémoire et de résistance. Une chronique sonore dense, nécessaire, qui redonne au hip-hop sa fonction de témoin engagé.

