Avec “FASHION”, willoh poursuit son exploration d’une pop alternative à la fois cérébrale et sensorielle. Le titre ne se livre pas immédiatement : il s’installe, intrigue, puis finit par happer l’auditeur dans un climat aussi troublant que magnétique. Ici, la production attire d’abord par ses textures séduisantes avant de révéler une architecture plus instable, presque inconfortable, où chaque détail semble calculé pour maintenir une tension constante.
La chanson se déploie comme un récit fragmenté, rappelant l’étrangeté feutrée des romans de Haruki Murakami. On avance sans certitude, en se demandant sans cesse ce qui relève du réel ou de la perception. Willoh joue avec cette frontière, poussant les dissonances jusqu’au seuil de la saturation, avant de ramener l’auditeur par la douceur enveloppante de sa voix, véritable fil conducteur du morceau.
Sur le plan vocal, l’artiste impressionne par sa capacité à conjuguer fragilité et maîtrise. Les lignes chantées flottent, apaisantes en surface, mais chargées d’une tension émotionnelle sous-jacente. Le point culminant du titre survient lorsque la voix laisse échapper un aveu presque suffocant : « I can’t breathe can’t stand it, I hate me in panic (real) ». Une phrase qui agit comme un électrochoc et donne soudain tout son sens au voyage sonore.
Avec “FASHION”, willoh ne cherche pas à séduire immédiatement : elle invite à l’écoute répétée, à la réflexion, et affirme un peu plus sa singularité dans le paysage indie contemporain.

