Baby Brave : L’honnêteté brute au cœur de la tempête

Porté par un succès grandissant, le groupe gallois Baby Brave dévoile avec son nouveau single « Spiralling » une facette profondément intime et libératrice de sa musique. À travers cet échange, la formation revient sur le processus cathartique de création de ce titre et sur la dualité émotionnelle qui irrigue son prochain album, Sugar to the Tongue. Entre confidences sur leurs influences et ancrage local à Wrexham, le quatuor se livre avec la sincérité qui définit aujourd’hui leur identité artistique.

1. Votre nouveau single, « Spiralling », naît d’une période très difficile. Comment avez-vous réussi à transformer cette « spirale » émotionnelle en une chanson qui, malgré sa vulnérabilité, dégage une telle force ?

Je suis ravie que vous ressentiez aussi cette force! En réalité, cette chanson a été ce qui m’a sauvée de cette spirale. Écrire des chansons m’aide à sortir d’un état d’esprit négatif et peut complètement changer ma façon de voir une situation. J’ai d’abord dû me préparer mentalement pour réussir à mettre mes émotions en musique et en paroles. La chanson est venue assez rapidement, car j’avais énormément de choses à exprimer. Je sais que beaucoup de gens traversent des chagrins d’amour similaires. Ce n’était pas le premier de ma vie, mais c’était de loin le plus douloureux. Je me suis aussi inspirée de souvenirs plus anciens. Comme on dit, un problème partagé est un problème à moitié résolu. C’est exactement ce que j’ai ressenti une fois cette chanson sortie de mon cœur.

2. Vous mentionnez que cette chanson a agi comme la clôture d’un chapitre et le début d’un nouveau. À quel moment précis du processus de création avez-vous ressenti que le morceau était enfin « prêt » à être libéré ?

Il n’y a pas eu un moment précis. Quand j’ai terminé la première version, j’ai enregistré une maquette très simple, seule avec ma guitare acoustique, puis je l’ai partagée sur Instagram. C’est à ce moment-là que je me suis sentie prête à faire découvrir cette chanson au monde. Ensuite, je l’ai apportée au groupe, qui y a ajouté sa propre touche. Puis nous sommes entrés en studio avec Charlie Francis, où tout a pris une autre dimension. Il a transformé une chanson interprétée seule à la guitare acoustique en un morceau pleinement construit avec le reste du groupe. Voir cette évolution et entendre jusqu’où la chanson pouvait aller a été une sensation incroyable. J’adore la jouer sur scène avec le groupe et j’ai hâte de l’entendre à la radio !

3. La séance d’enregistrement avec le producteur Charlie Francis aux Musicbox Studios semble avoir été un moment fort, jusqu’à vous émouvoir aux larmes. Qu’est-ce qui, dans ce travail de précision sur les guitares, a rendu l’instant si cathartique pour vous ?

Oui, il y a eu un moment très précis pendant l’enregistrement où j’ai eu l’impression que Charlie, et Steve Nicholls, notre guitariste, étaient dans ma tête et ressentaient exactement les émotions de la chanson. Vers la fin du morceau, Steve a commencé à jouer une mélodie descendante qui m’a immédiatement fait penser aux cloches d’un mariage. J’avais été fiancée à mon ancien partenaire, et cette guitare qui sonnait comme des cloches a déclenché une réaction très forte. Ce furent les dernières larmes que j’ai versées pour cette relation. Mais cette fois, c’étaient de belles larmes, des larmes de joie, presque de victoire.

4. Le son de Baby Brave est souvent décrit comme un mélange entre l’énergie de Wolf Alice et l’héritage de Talking Heads. Comment parvenez-vous à équilibrer ces influences new-wave et post-punk avec votre approche de la pop classique ?

Nous avons tous des goûts musicaux différents, et ces influences se retrouvent naturellement dans nos compositions. Nous aimons les guitares énergiques et les rythmes originaux, mais nous sommes aussi obsédés par les mélodies dont on se souvient pendant des jours. Si je ne me rappelle plus d’une chanson le lendemain, nous abandonnons l’idée et nous recommençons. Une bonne chanson pop doit être inoubliable.

5. Le contraste est omniprésent dans votre travail, notamment dans le clip de « Spiralling » réalisé par Ben Jones, qui passe de l’enfermement d’une chambre à l’explosion d’un live à FOCUS Wales. Est-ce que cette dualité entre « l’intime » et « l’exutoire » est au cœur de l’album « Sugar to the Tongue » ?

Absolument. L’album est rempli de contrastes. Cela nous ressemble beaucoup. Il y a des moments très intimes et vulnérables, puis d’autres qui débordent d’énergie. C’est ainsi que nous vivons nos émotions, il était donc naturel que l’album reflète cette réalité. Nous voulions que les auditeurs traversent ces changements émotionnels avec nous. En quelque sorte, nous les invitons à faire ce voyage à nos côtés et à tout ressentir.

6. Votre premier single, « Cherry Tomato », a reçu un accueil impressionnant (BBC 6 Music, KEXP, Rough Trade). Comment gérez-vous cette soudaine attention médiatique tout en restant fidèle à votre identité artistique ancrée à Wrexham ?

Nous sommes incroyablement reconnaissants pour toutes ces opportunités. Le simple fait de répondre aux questions d’un magazine français ressemble déjà à un rêve. C’est très excitant, mais au fond, rien n’a vraiment changé. Nous restons les quatre mêmes personnes de Wrexham qui aiment simplement faire de la musique ensemble. Si notre musique touche les gens, c’est merveilleux, mais notre priorité a toujours été de rester fidèles à nous-mêmes. Et d’écrire des chansons intemporelles. C’est ce qui nous anime.

7. La section rythmique (Jase et Stokes) joue un rôle crucial dans le caractère entraînant de « Spiralling ». Comment s’articule votre processus de composition entre la mélodie vocale et ce travail sur le rythme ?

J’ai commencé à écrire « Spiralling » chez moi, …presque en chuchotant, parce que j’habite une maison mitoyenne aux murs aussi fins que du papier. Les premières paroles sont : « I don’t want to go out of the house today, if I see you I know there will be trouble. » Je chantais exactement ce que je ressentais à ce moment-là. Je me sentais complètement piégée.

Donc au début, il n’y avait qu’une guitare acoustique et moi, ce qui n’est d’ailleurs pas notre façon habituelle d’écrire les chansons. Je l’ai apportée au groupe et, honnêtement, j’ai le meilleur groupe du monde. J’ai énormément de chance ! 🍀 Quand je leur présente une idée, ils prennent un instant pour y réfléchir, puis quelque chose de magique se produit. Tout le monde apporte sa contribution. La section rythmique commence à façonner la personnalité du morceau. Jase et Stokes ont un vrai talent pour trouver des grooves qui font avancer la chanson sans jamais l’encombrer. Chacun joue au service de la chanson, sans chercher à se mettre en avant. Steve a ensuite ajouté des riffs incroyablement évocateurs qui ont porté le morceau à un tout autre niveau. Nous formons une équipe formidable. 🧡

8. Le titre de votre album à venir, « Sugar to the Tongue », est assez évocateur. Que pouvez-vous nous dire sur le « goût » général de ce disque ?

Nous pouvons paraître doux au premier abord, mais écoutez une deuxième fois, il y a bien plus que ça. La pochette le représente parfaitement, avec ce dessert volontairement déformé. L’album explore l’amour, l’anxiété, le doute de soi, l’espoir et la façon dont on grandit au fil de la vie. Musicalement, il est coloré et mélodique, mais les paroles s’intéressent souvent aux aspects les plus complexes de l’existence. Nous aimions l’idée qu’une chose puisse sembler réconfortante tout en cachant quelque chose de plus profond.

Et puis il y a une chanson qui s’appelle « Cherry Tomato ». Quel goût est censé avoir une tomate cerise ? C’est un fruit qui se fait passer pour un légume. J’adore ce genre de confusion. Nous aimons mélanger les genres, les saveurs, les ambiguïtés dans les paroles… Peu importe, tant que l’on s’amuse.

Si l’album était une glace, ce serait parfum rhum-raisins. Haha.

9. En tant que groupe originaire du Nord du Pays de Galles, quelle place occupe votre environnement et la scène locale de Wrexham dans l’évolution de votre son ?

Wrexham possède une scène musicale formidable. C’est même l’une des raisons qui me donnent envie d’y vivre depuis plus de dix ans. (Avant de rejoindre le groupe, j’ai passé un an dans un village près de Lyon.) 

Nous avons eu la chance de partager la scène avec de nombreux artistes talentueux, et il existe ici un véritable esprit de solidarité. Je pense que le fait de venir de Wrexham nous a permis de garder les pieds sur terre. Nous sommes fiers de nos origines. Le pays de Galles est magnifique ! Nous vivons dans le nord, entourés de montagnes, de châteaux, de cascades, de plages splendides, de mouettes, de moutons… et de noisy pop, bien sûr. 

10. Si vous deviez définir l’essence de Baby Brave en un seul adjectif pour ceux qui découvrent votre musique avec « Spiralling », lequel choisiriez-vous et pourquoi ?

Honnête. Nous n’avons pas peur de dire ce que nous ressentons réellement. Si les gens perçoivent cette sincérité dans notre musique, alors nous avons atteint notre objectif. Voilà, c’est tout.

Réponses apportées par Emmi Manteau