Parfois, certaines chansons semblent patienter discrètement avant de trouver leur pleine résonance. “The Man’s Always Getting Me Down” s’inscrit dans cette temporalité particulière. Écrite en 1998, alors que Ben Aubergine n’avait que 19 ans, la chanson refait aujourd’hui surface dans une version full band qui en révèle toute la portée, sans en altérer la sincérité originelle.
À l’époque, le morceau naît d’un constat simple et presque banal : l’entrée dans l’âge adulte s’accompagne de prélèvements invisibles mais constants. Salaires amputés, factures alourdies, frais qui surgissent sans prévenir. Rien de suffisamment spectaculaire pour nourrir un discours militant, mais assez répétitif pour installer une friction permanente. Cette sensation diffuse irrigue le titre, porté par une écriture conversationnelle, lucide, débarrassée de tout effet de manche.
Longtemps interprété seul à la guitare au début des années 2000, “The Man’s Always Getting Me Down” conserve cette proximité avec l’auditeur, même dans sa nouvelle incarnation collective. Les guitares indie rock et la dynamique de groupe élargissent le spectre émotionnel, tout en respectant l’économie du propos. Le morceau n’élève jamais la voix, préférant la persistance au coup d’éclat.
Avec le temps, le sens s’est élargi. “The Man” dépasse désormais la seule dimension financière pour englober le temps, l’énergie et les obligations qui façonnent les existences contemporaines. Ben Aubergine livre ainsi une chronique musicale du quotidien, intime et universelle, qui capte avec justesse cette impression d’avancer sans jamais tout à fait aller de l’avant.

