Certains projets agissent comme des polaroïds retrouvés au fond d’un tiroir : un peu passés, mais étrangement vibrants. C’est précisément l’effet produit par (Summer), le premier EP de Big Cat Season. Derrière ce nom feutré se cachent Tom Durkin et Melissa Dudek, deux complices de longue date qui se retrouvent enfin, dix-sept ans après leurs premières armes musicales dans le Massachusetts.
Loin des productions clinquantes, (Summer) s’impose comme un exercice de style en dream pop artisanale. Dès les premières notes de « Deathbed Memories », l’auditeur plonge dans une mélancolie lumineuse. Le duo ne cherche pas à réinventer la roue, mais plutôt à capturer l’essence de la nostalgie suburbaine. Les textures sont vaporeuses, portées par des synthétiseurs cotonneux et des guitares qui rappellent les grandes heures de Beach House ou la délicatesse d’un MGMT assagi.
Ce qui rend cette chronique de la mi-vie si attachante, c’est son authenticité organique. En sept titres auto-produits, Big Cat Season explore le temps qui glisse entre les doigts. « Seventeen » résonne comme un écho lointain de l’adolescence, tandis que « Telegraph » impose un rythme synth-pop plus nerveux, presque hypnotique. La voix de Dudek, fragile et aérienne, se marie parfaitement aux arrangements de Durkin, créant une bulle sonore où l’on se sent immédiatement chez soi.
(Summer) n’est pas qu’un simple disque de saison ; c’est une invitation nécessaire à ralentir. C’est la preuve que la pop, lorsqu’elle est faite avec le cœur et quelques machines bien tempérées, possède encore le pouvoir magique de figer le temps.

