Dans le grand vacarme des sorties punk de fin d’année, BLOODY RAW (Live from Brighton) de VERSAINTS s’impose comme un document vivant et incandescant de l’énergie brute que ce trio du West Midlands sait déchaîner. Cet EP live ne se contente pas de reproduire un concert : il l’enregistre au scalpel, capturant chaque souffle erratique, chaque attaque de guitare et chaque éclat de voix dans une salle de Brighton où tout résonne trop fort et jamais assez.
Là où beaucoup d’enregistrements live cherchent la clarté, BLOODY RAW embrasse le chaos. Dès l’ouverture avec Streets Is Dead, on est projeté dans une fosse sonore où l’esprit du punk se voit réduit à son essence la plus viscérale : guitares râpeuses, basse grondante, batterie qui frappe comme une menace permanente. La performance de VERSAINTS rappelle sans détour les frictions sonores qui ont fait vaciller les scènes punk et grunge, où l’urgence prime sur la perfection technique – une esthétique entre post‑punk britannique et grunge 90s, messy et loud as hell.
Au milieu de cette déferlante, Lucky se détache comme un moment de tension presque palpable : le morceau évolue avec une sinuosité sombre, le chant oscille entre défi et vulnérabilité, et à l’écoute on sent l’ombre d’un groove presque hipnotique surgir au cœur du tumulte. Thin et Blue Eyed Boy, quant à eux, témoignent d’une maturité étonnante pour un groupe qui, en live, préfère s’élancer que se calculer.
Ce BLOODY RAW n’est pas simplement un souvenir de concert : c’est une déclaration d’intention. VERSAINTS y verrouille chaque seconde de set comme s’il s’agissait d’une explosion potentielle ; il y a quelque chose d’organique, presque dangereux, dans cette manière de laisser l’inattendu dicter le rythme. À l’écoute, on ne se contente plus d’écouter le punk : on le subit, intensément.

