Certains projets musicaux naissent d’une cassure franche. Pour l’artiste danois Dragut Lugalzagosi, l’étincelle fut la fin brutale d’une amitié masculine. « J’étais perdu, j’ai écrit cette chanson et j’ai entamé une thérapie. Ça a aidé. Je l’aime toujours », confie-t-il avec une honnêteté désarmante. De ce deuil amical surgit Britney Freud et son premier single : Feelings For Violence.
Le son s’impose comme un mélange de « tender crooner noise » et de « limbo punk », à la fois sale et vulnérable. Entre l’urgence de IDLES, le lyrisme sombre de Nick Cave et les textures saturées des Horrors, le titre s’autorise tout, jusqu’au solo de violon le plus ringard — et donc le plus punk — de l’histoire. C’est viscéral, terriblement accrocheur, et cela appelle aux embrassades infinies.
Le clip met en scène un « finance bro » à bout de souffle, dont la danse incontrôlée se termine en effondrement au cœur des bois. C’est là qu’intervient BF (Britney Freud), sorte de super-héros des émotions sans genre défini. BF est un esprit libéré qui vient panser les plaies d’une masculinité étouffée par les tabous et la « norm porn ».
Derrière l’esthétique se cache un combat vital. Face aux statistiques alarmantes de suicide et de violence chez les hommes, Lugalzagosi veut offrir un langage là où règne le silence. En brisant les rôles de genre claustrophobes, Britney Freud diffuse une idée radicale : plus d’amour entre les hommes. Une claque salutaire prouvant que la sensibilité reste la forme de courage la plus pure.

