Le paysage sonore ne tolère aucun réconfort. Entre art rock sophistiqué et post-punk abrasif, BUNNIES injecte une dose de spoken word expérimental qui transforme l’écoute en une expérience de confinement. Durant six minutes, le mixage se referme sur nous comme un étau : c’est un son froid, monstrueux, vibrant d’une surveillance inéluctable. Ici, la tragédie n’est pas le fait d’un seul bourreau, mais d’un système bâti sur le voyeurisme et le profit, alimenté par nos propres outils numériques. C’est peut-être le signal qu’il est temps de se déconnecter.
Le morceau « Homunculus » s’impose comme le manifeste visuel le plus radical du projet. Sous la direction de Piper Preston, figure de proue de la scène bouillonnante du Massachusetts, le groupe s’expose dans une mise en scène spectrale. Visages balayés de peinture blanche, ils semblent se délecter d’une « malveillance d’initiés ». Ce n’est pas qu’un clip, c’est une dissection brutale d’une métaphore toxique qui force le spectateur à affronter ses propres démons modernes.
L’esthétique, saturée de rouge et de noir, déploie une tirade d’images prédatrices à travers une brume psychédélique. Le montage, tel un collage cauchemardesque, provoque une réaction viscérale, ce poids au creux de l’estomac que l’on ne ressent que devant le grand cinéma de genre. Chaque détail, des accessoires aux cadrages décentrés, reflète l’atmosphère cinématographique et l’ambition démesurée du disque.
Réelle ou fantasmée, la noirceur rôde à chaque mesure. Chaque plan devient une étude clinique sur la peur, la fascination et la stimulation sensorielle. Ce travail d’orfèvre macabre ne pourrait être que la signature de BUNNIES : une œuvre fascinante qui pique la curiosité de ceux qui osent encore regarder l’abîme en face.

