Avec Ciclos, Artomatico poursuit un travail de fond, discret mais profondément cohérent, loin des logiques de saturation. Sorti en décembre 2025, ce quatrième album s’inscrit dans la continuité d’une démarche artistique où le temps, la mémoire et la transformation intérieure deviennent des matières sonores à part entière. Chez le musicien espagnol, percussionniste et sound artist, rien n’est décoratif : chaque son semble pesé, habité, nécessaire.
Pensé comme une œuvre de deep listening électronique, Ciclos repose sur une écriture très percussive, à la frontière de l’acoustique et de l’électronique. Les rythmes ne cherchent pas la frontalité mais l’ancrage. Ils sculptent la durée, étirent la sensation du présent et invitent à une écoute physique, presque méditative. Les textures granuleuses, parfois proches de l’ASMR, renforcent cette impression d’intimité, tandis que les répétitions agissent comme des mantras en constante mutation.
L’album avance par cycles, mais jamais par simple retour à l’identique. Diciembre par exemple installe une lenteur hivernale, faite de retrait et d’introspection. À l’inverse, El Tiemblo ou Desoír–Huir introduisent la faille : tremblement, fuite, déséquilibre. Ces ruptures deviennent des passages obligés, des moments où le cycle se dérègle pour mieux se réinventer.
Entre minimalisme post-classique, abstraction électronique et héritages percussifs orientaux et occidentaux, Artomatico développe un langage hybride, organique, profondément incarné. Ciclos ne se consomme pas : il se traverse. Album de sensation autant que de réflexion, il confirme un artiste pour qui la répétition n’est jamais une boucle fermée, mais une promesse de transformation continue.

