CS Hellmann : 10 questions pour percer le mystère de « Dagger In The Sun »

Entre tension intérieure et lumière éclatante, Dagger In The Sun explore ces émotions que l’on cache derrière un sourire. Porté par un groove hypnotique et une production immersive, le morceau avance avec une intensité contenue. À travers ces 10 questions, l’artiste revient sur la genèse du titre, ses influences et sa quête de simplicité sincère.

1. Qu’est-ce qui vous a marqué dans la phrase « like a dagger into the sun » au point de vouloir écrire Dagger In The Sun ?

J’écoutais la chanson « Happiness » de The Heavy Heavy et cette phrase m’a littéralement sauté aux oreilles — « like a dagger into the sun ». Je me souviens m’être demandé : qu’est-ce que ça veut dire, au fond ? C’était à la fois dramatique et presque impossible comme image. Je l’ai notée dans mon carnet parce qu’elle ne me quittait plus.

Finalement, elle est devenue la graine du refrain de ma chanson. Cette image a commencé à prendre un sens personnel — avancer vers quelque chose de lumineux et d’espoir, même lorsqu’il y a quelque chose de plus lourd en dessous.

2. Quels sentiments ou expériences personnelles ont inspiré Dagger In The Sun et lui donnent cette intensité émotionnelle ?

La chanson est vraiment née de ce sentiment de devoir garder les choses sous contrôle en surface alors qu’on traverse quelque chose de plus profond intérieurement. Beaucoup de gens connaissent cette sensation — on se montre, on sourit, on avance, mais au fond il reste quelque chose d’irrésolu.

Pour moi, il s’agissait de cette tension entre la version de soi que l’on présente au monde et celle qui continue à faire son chemin en privé. La chanson n’est pas une explosion dramatique d’émotion — elle parle plutôt de cette pression silencieuse qui monte peu à peu.

3. Pouvez-vous décrire votre collaboration avec Jared Corder à Polychrome Ranch et comment elle a façonné le son final ?

Jared produit ma musique depuis quelques années dans son studio, Polychrome Ranch. C’est un studio installé dans un chalet sur sa propriété à Hartsville, dans le Tennessee. Nous étions voisins à East Nashville il y a des années, puis nous nous sommes retrouvés lorsque je cherchais un nouveau producteur pour mes chansons.

Travailler avec lui est très collaboratif. J’arrive généralement avec l’ossature du morceau — guitare et voix — puis nous explorons ensemble les directions possibles. Jared a un instinct remarquable pour les arrangements et les textures. Il perçoit de petites ouvertures dans la chanson que je ne remarque pas forcément, et il construit autour.

Comme nous travaillons ensemble depuis un moment, cela ressemble moins à une simple session de production qu’à une véritable construction commune.

4. Comment mêlez-vous vos influences variées, de Johnny Dynamite à Papertwin et Briston Maroney, pour créer un univers musical cohérent ?

Avant d’enregistrer, j’envoie souvent à Jared quelques morceaux de référence pour définir l’ambiance recherchée. Pour celui-ci, je me suis appuyé sur une atmosphère un peu années 80 comme dans « Bats In The Woods » de Johnny Dynamite, ainsi que sur le groove et la couleur sonore de « undressed » de sombr, et certaines textures de synthés de Papertwin.

En même temps, j’ai toujours été attiré par l’honnêteté émotionnelle d’auteurs-compositeurs comme Briston Maroney. Il s’agit donc de laisser cohabiter ces influences dans un même espace. Même si elles viennent de genres différents, elles se rejoignent souvent par le groove ou par le ressenti du morceau.

5. Pourquoi avoir choisi de rester sur seulement quatre accords tout au long du morceau, en explorant les textures plutôt qu’en changeant la base harmonique ?

J’ai toujours aimé les chansons qui s’engagent dans une idée musicale simple et l’explorent en profondeur. Celle-ci repose sur les mêmes quatre accords du début à la fin. Au lieu de modifier la progression, nous avons travaillé sur les dynamiques, les textures et l’énergie autour.

Cette approche peut créer un groove presque hypnotique, où l’auditeur s’installe dans le rythme et où les évolutions paraissent plus émotionnelles que structurelles. Talking Heads maîtrisaient très bien cela — rester dans une même pulsation tout en laissant la chanson évoluer à l’intérieur.

6. Comment abordez-vous la vulnérabilité et l’intimité dans vos interprétations vocales, parfois comparées à celles d’Elliott Smith ?

Je n’ai jamais cherché à dominer une chanson vocalement. Ce qui m’intéresse davantage, c’est le ressenti de l’interprétation plutôt que d’atteindre un grand moment dramatique.

Pour cette chanson en particulier, je voulais que la voix soit presque conversationnelle — comme si l’on entendait quelqu’un penser à voix haute. Lorsque les paroles sont personnelles, la manière la plus honnête de les chanter est parfois de rester dans la retenue.

7. Avec votre batteur de longue date Sean Bennett en studio, comment cette dynamique influence-t-elle l’énergie et le flux du morceau ?

Sean est un ami depuis des années et il joue aussi dans mon groupe sur scène, donc il y a déjà une grande confiance entre nous. Quand on amène quelqu’un comme ça en studio, l’énergie change immédiatement. Cela ne ressemble plus à une simple session — ce sont des amis qui font de la musique.

Sur ce morceau, il a particulièrement bien façonné les dynamiques. Il y a un moment dans le pont où il commence très doucement à la cymbale ride, puis construit progressivement jusqu’au dernier refrain. Ce genre de détails permet à la chanson de respirer.

8. Comment créez-vous cette dimension immersive, presque cinématographique, dans votre musique ?

Cela vient beaucoup des arrangements et de l’espace. Nous essayons de penser au déploiement émotionnel du morceau plutôt que d’empiler simplement des instruments.

Par exemple, il y a des sections où nous avons adopté un style de batterie ample, façon « wall of sound », avec de la réverbération et des percussions, presque comme un moment à la Phil Spector. Puis, dans d’autres passages, tout se retire et devient plus intime. Ces changements d’échelle contribuent à créer cette sensation cinématographique.

9. Après plusieurs collaborations et expériences musicales, comment percevez-vous l’évolution de votre identité artistique avec ce single ?

Je pense que cette chanson représente un moment où je me sens plus à l’aise avec la simplicité. Auparavant, j’aurais peut-être cherché à intégrer davantage d’idées dans l’arrangement, alors qu’aujourd’hui je préfère laisser respirer le morceau.

Travailler sur la durée avec les mêmes collaborateurs aide aussi beaucoup. On développe un langage créatif commun, ce qui permet de se concentrer davantage sur le ressenti de la musique plutôt que de suranalyser chaque décision.

10. Qu’espérez-vous que les auditeurs ressentent en écoutant Dagger In The Sun ?

J’espère que la chanson parlera à celles et ceux qui connaissent cette sensation de rester fort extérieurement tout en traversant quelque chose intérieurement.

En même temps, j’espère que le groove les emportera. Il y a une sorte de tension dans le morceau — des paroles introspectives portées par un rythme qui continue d’avancer. Si quelqu’un peut s’y perdre pendant quelques minutes, alors la chanson aura rempli son rôle.