Dans la scène indie britannique, certains projets se contentent d’exister, tandis que d’autres semblent surgir d’une faille temporelle. DAAY, mené par le songwriter Alex Barty-King, appartient à la seconde catégorie. Leur nouvel EP Memories of the Future s’impose comme une œuvre où le présent devient un point de convergence entre passé rêvé et futur fantasmé. La promesse est audacieuse : construire un sentiment de nostalgie d’un moment qui n’a pas encore eu lieu, un écho d’avenir qui résonne comme un souvenir intime.
Dès l’ouverture avec « Guru Deva », le groupe pose sa signature : une mystique presque cérémonielle, des guitares électriques imprévisibles et une structure qui refuse la ligne droite. DAAY aime tordre la forme, jouer avec l’inconnu, retrouver cette énergie psychédélique héritée d’expérimentateurs modernes tout en injectant une tension indie rock vive et organique. On sent le plaisir d’explorer, de creuser les textures, d’effleurer même l’illusion d’une langue étrangère à travers l’instrumentation.
L’EP poursuit son ascension avec « Mint » et son impulsion alt rock, portée par une rugosité lo-fi assumée, avant d’atteindre un sommet lumineux avec « So Divine », morceau presque hymnique, où la répétition hypnotique et les riffs ravageurs construisent une forme de transe émotionnelle. Au cœur du projet, une ligne directrice : embrasser l’instant présent, comme le martèle la phrase qui traverse l’EP — “Here now think fast no holding back”.
La conclusion, « One Moment (Outro) », agit comme un dernier souffle, suspendu dans un espace entre deux dimensions. Avec cet EP, et malgré un line-up récemment renouvelé, DAAY prouve qu’il avance avec audace : un groupe qui ne se contente pas de prédire le futur, mais qui cherche à en laisser une empreinte sonore avant même qu’il n’advienne.

