Le retour de Callum Kerrigan se fait sans fracas, mais avec une sincérité qui capte immédiatement l’attention. « Daisies », récemment rééditée, remet en lumière un titre d’environ trois minutes initialement paru en 2018, à une période charnière de la vie du songwriter de Nottingham. Plus qu’un simple rappel de catalogue, cette ressortie agit comme une relecture assumée d’un moment intime, désormais offert au public avec un recul plus apaisé.
La production privilégie la clarté et la proximité. Guitares délicates, arrangements sobres, silences bien placés : tout concourt à installer une atmosphère de confidence, où la voix, fragile mais tenue, porte le cœur du récit. Kerrigan y aborde la fin d’une relation amoureuse, en reconnaissant sa propre responsabilité dans l’échec. Cette lucidité, rarement formulée avec autant de douceur, donne au morceau une profondeur émotionnelle qui dépasse la simple complainte sentimentale.
Sur le plan musical, « Daisies » s’inscrit dans une esthétique indie folk teintée d’emo, nourrie par des influences clairement assumées. L’héritage d’Elliott Smith se devine dans la mélancolie mélodique, tandis que la sensibilité narrative rappelle Phoebe Bridgers. On retrouve aussi une certaine urgence contenue, proche de Jawbreaker, et une approche plus artisanale évoquant Neutral Milk Hotel, sans que l’ensemble ne perde sa singularité.
Ce retour discret mais habité confirme une chose : Callum Kerrigan excelle lorsqu’il transforme ses failles en matière poétique. « Daisies » ne cherche pas l’esbroufe, mais la justesse, et c’est précisément dans cette retenue que la chanson trouve sa force, touchant par son honnêteté et sa simplicité assumée.

